Publié le 17 Juin 2017

Minuit. Pile. 00 :00 sur l’écran lumineux de son portable. La mer gronde, il vente, il bruine dans ce pays où elle a échoué. Venue par hasard il y a 10 ans, revenue depuis chaque année pour des vacances d’été. Pour l’amour de ces longues plages de sables blonds, dénudées à marée basse ; de ces côtes sauvages, un village se nichant dans les creux des tendres valleuses ; de ces longs couchers de soleil au loin, ciel et mer flirtant dans une danse des sens ; de toutes ces nuances de bleus, verts, gris, blancs qui se côtoient jour après jour, nuit après nuit, heure après heure. Amoureuse, elle le fut au premier instant, amoureuse elle le reste. Une épine en son cœur, un élan en son corps. Là, elle se sent, elle. Là, elle devient, elle. Plus d’interdits, plus de carcans, elle se libère d’elle-même. Au rythme du va et vient incessant des vagues et marées. Il fait froid, il fait humide, le soleil réchauffe à peine les corps les jours cléments. Mais elle aime ce pays, follement, infiniment, de toute son âme. Elle vibre, là, à cette peau qu’elle connaît encore si peu. Juste entre-aperçue. Une saveur en elle, sous sa langue, en son cœur. Un rien, qui lui donne un horizon, elle qui n’aspire qu’au vertical.

Minuit. L’heure où tout bascule, un jour était, déjà plus là, un jour sera, pas encore là. Minuit. En équilibre entre ce qui fût et ce qui sera. Que dire de ce qu’il sera de l’existence, de son poids, de sa légèreté.

Nul pour lui répondre, même en échos. Ecrire, contre le silence, contre l’absence, contre l’oubli, contre Toi. Ecrire, pour dire, pour célébrer, pour faire exister, encore et encore. Dire le sublime d’une rencontre. Ecrire, cette histoire, et en faire toute une histoire.

Dans le vent, dans les vagues, dans l’écume d’une mer tourbillonnante, dans les grains de sable, dans les miroirs des flaques, dans une main qui s’ouvre, dans des bras qui accueillent, dans la douceur d’une voix, dans l’impétuosité d’un geste, dans les yeux à mille facettes d’un chat qui semble s’étonner, dans cette aile qui s’élève et s’abaisse, dans le vol des mouettes, dans la puissance d’un homme qui rame, partout, je te cherche, je Te vois.

Ombres et lumières. La mer au loin, si loin cette fois-ci, revient. Au galop.

Elle aime cette vie-là, au rythme des marées et des jours. Plus rien à prouver, plus rien à dire et à faire. Etre là, juste là, laisser le temps s’écouler en elle, comme du miel dans ses veines. Sentir la vibration si fine du temps grandir en elle, l’envahir, hors du temps. Un goût de sel dans la bouche et sur la peau, un horizon dans la rade d’un port, un regard au loin, s’éloigne d’ici. Sur la ligne d’horizon, des voiliers dansent avec les éléments.

Les grandes marées. L’eau lèche le ponton, presque aucunes vagues. Doux bruit de ressac. Odeur de sel mouillé. L’ile Jersey s’est éloignée, la courbe de la Terre se dessine. L’air est doux. La mer est grise, vert d’eau par endroit. Contraste d’avec les jours précédents, de tempêtes, d’odeurs d’iode et d’algues. Florilège de tons de bleus et de verts et d’ocre et marron. Trouées de cailloux à marée basse. Aujourd’hui, tout est uniforme, Terre et Ciel unifiés. Passent les bateaux.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 25 Mars 2017

Je vous écris, il y a si longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de vous voir, de discuter avec vous.

 

Comment allez-vous, depuis notre dernière rencontre ? Je ne sais plus d'ailleurs depuis combien de temps elle date. Une semaine, un mois, un an :  le temps s'efface face à vous. Il me semble vous connaitre depuis tout temps, vous me paraissez être comme une partie de moi, dans une telle intimité que vous seriez comme mon prolongement. Je pense à vous, parfois, pas si souvent que je le devrais il est vrai. Je vous sais active, oh combien, la droite faisant échos à la gauche. Si peu de discorde entre vous. Et pourtant, sans cesse vous vous affairez, faisant mille choses. Qui pourrait suivre votre rythme. Je vous ai vu la dernière fois courir après le temps, pour que tout s'apprête selon les désirs de votre propriétaire. Dès le matin jusqu'au soir, vous l'accompagniez dans ses tâches quotidiennes, jusqu’au plus extraordinaires… Je me suis essayée à lister toutes vos actions … Le vertige m'a prise. Une liste si longue a commencé à se dessiner, elle pouvait se dérouler sans fin. Des amis m'ont aidée dans cette entreprise, et bien nous en a pris, nous avons alors touché à l'infinie de vous, une litanie.  J'ai alors commencé à réaliser, qui vous étiez.

 

Il vous arrivait pourtant, parfois, de vous échapper de mon emprise, je l'ai vu, rarement certes, mais des signes ne trompent pas.  Et vous manifestiez alors votre tempérament, par un signe donné, une mesure battue, dialoguant avec les mots dits, marquant le rythme des paroles émises, marquant une pause dans ma volonté. Des secousses vous agitaient parfois, vous trembliez. De froid, de peur ou d'énervement, et de fatigue. Même lorsque vous sembliez vous reposer, je ressentais encore alors, la douceur, la chaleur, la tension de l’endroit de mon corps où vous vous posiez.  Oui, oui, vous donniez, donniez de votre personne.

 

Et personne n'est là pour le reconnaitre. Vous êtes je l'avoue, de grandes oubliées.

 

Mais que ferais-je si vous n'étiez pas là, pour manifester ce que je suis. Je suis confuse de tant de froideur de ma part à notre dernière rencontre, qui frisait le mépris. Que serais-je sans vous ? Un esprit, sans chair ni corps, incapable de ressentir, d'éprouver, d'agir, d'exprimer ses émotions, si peu. J'aurais la parole, oui, les mots pour dire. Et même eux me parlent de vous, ils sont devenus vos plus fervents avocats. Depuis, je n'ose imaginer que vous puissiez me quitter, définitivement. Oui, décidément, j'espère que vous reviendrez vite me dire un bonjour, et que vos pardonnerez mon inconscience de vous. Tout au long de mes pensées vers vous, vous prenez une consistance, une densité, un poids, que jamais je n'avais soupçonné auparavant venant de vous.

 

Vous exprimer, aujourd'hui, grâce à vous, toute la beauté qui m'est apparue de vous, toute ma gratitude que vous soyez si simplement vous. Oui, quelqu'un au fond de moi vous admire, pour votre humilité dans tout ce que vous accomplissez, dont jamais vous ne tirez gloire pour vous-même.

 

Je suis devenue, votre très dévoué serviteur.

 

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 10 Août 2016

Portraits

Il y a sœur Anne, la délicatesse même, l’écoute, la bienveillance, l’accueil personnifié. Tout est grâce a-t-elle coutume de dire. Pour dire, tout se reçoit et s’incarne dans la grâce et avec la grâce de Dieu. Elle s’occupait avant des vaches m’a-t-on dit. Ce qui ne lui fait pas un grand changement avec maintenant … Près des 70 ans, le dos courbé, à peine, des yeux pétillants de malice et de gaité. Une maitresse femme tout en douceur et fermeté. D’origine marocaine. La chaleur de son pays dans son cœur, dans le soin pris à préparer les chambres et les tables, à nous recevoir. Un petit bouquet de lys et de roses sur une table de nuit pour nous accueillir, un florilège de fleurs là où nous déjeunons pour égayer une desserte, un drapé de serviette pour une touche d’attention dans nos assiettes… Une profondeur de la vie vécue en Dieu, qui m’ouvre l’horizon du temps et de l’espace. Et me fait vibrer au vent de l’esprit, librement. Le choix d’une vie monastique, selon la règle de Saint Benoit, à Valognes, dans le Cotentin. Pays rugueux, pays sauvage, pays si généreux de lui-même lorsque j’y passe l’été. De vastes plages de sables blonds, des marées petites et grandes, du vent comme un doux zéphyr, des jeux de lumière dans le ciel et sur mer. Un miroitement et des transparences. Qui sied à mon âme. Toujours au-delà, par-delà.

Vadrouille aujourd’hui du côté du Nez de Jobourg, baignade dans une anse spacieuse, mer et ciel bleus, blondeur mouillée du sable. Escapade vers Vauville, bruyère passée mais laissant encore des touches de mauve çà et là. Un couple sur la plage : longue accolade. Du plaisir de se revoir ? Je nage, cela me délasse et me lave de mes émotions trop vives.

Il y a Anne. Un délice de poésie. Une femme faite, toute dans l’écoute et la délicatesse elle aussi, dans l’accueil de ce qui se dit, de ce qui se vie, des choix faits. Respect du libre arbitre. Tout en gardant sa ligne de conduite et de vie. Des yeux doux, regardant profondément, parfois tristes, parfois rieurs. Des éclats de rires explosifs, et des sourires d’une douceur désarmante. Femme en chair, femme aux rondeurs pleines qu’un Monnet avait si bien saisies. Un métier d’ouverture à l’autre, d’écoute de l’inconscient. Une aspiration vers je ne sais comment le nommer, disons vers l’Indicible, l’Innommable, l’Insondable. La grâce faite femme. Une harmonie se cherche, une attention aux « petites et grandes » choses de la vie. Une mère, une épouse, une aimante. Une Vénusienne et une lunaire. Intuition, art, sensualité. Une parisienne aimant s’échapper dans l’une de ses villégiatures, une en Normandie dans un lieu délicieux, près d’Etretat, l’autre que je ne connais pas, dans le midi, « so blue ».

Longue station hier sur la plage de Carteret, immobile à contempler la course du soleil, à écouter le vent, la mer, la terre et ce qu’ils me disent de leurs temps immémoriaux, à entendre le bruissement des gens et de leur monde…. Détente devant l’immensité de cette plage à marée basse. Et silence le soir devant la flamboyance d’un coucher de soleil au Sémaphore, sur les hauteurs. St Vaast et l’Ile de Tatihou aujourd’hui. Luxuriance des jardins botaniques, contrastes face aux dunes et espaces d’herbacées. Mer et ciel bleus profonds. Baignade en fin d’après-midi un peu après Réville. L’eau est douce à cette heure tardive, nage au milieu d’un ban de mouettes …

Retour à Carteret, sur cette plage si longue, si calme aux couchers de soleil si majestueux. Un bain m’a délassée. J’aime me laisser couler dans l’eau, être enveloppée et ballotée au gré des vagues, nager avec onctuosité, sentir la présence de l’eau et sa consistance qui me porte et allège le poids de mon corps, m’appuyer sur elle pour avancer en brasse coulée ou en crawl. La soirée est belle, claire. Je suis restée un moment sur la terrasse du café, à écouter les vagues, regarder le ciel couchant, et observer les habitués du café, bourgeoisie bien-pensante, aux signes subtils de reconnaissance. Un regard, une attitude de la tête, un bronzage, des chaussures ou lunettes décontractés de marques, un attablement réservé de longues connaissances, une tonalité haute de la voix, habits uniformes de toutes les nuances de bleus. Des promeneurs improbables se perdent dans cette masse indistincte.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 1 Août 2016

Mon nom

Do Ré Mi Fa sol la si do

Une petite cantate DO MI RE DO, une gamme qui sonne au son d’un Mi aigu suivi d’un ré grave. Deux notes qui annoncent la composition de toute la gamme de ma vie. Elles prennent leur envol sur le sol de mon nom, d’une fertilité que les Franc-Comtois d’où s’origine ma famille désignent par CHOL.

Deux notes, MI RE une sonnette qui annonce la venue d’un visiteur attendu et impromptu

Mi : grandeur et misère du monde modelant nos émotions les plus profondes dans nos cœurs sensibles. Doigts qui courent sur le clavier d’un piano, égrenant les touches qui sonnent au plus intime de l’être

Re : rayonnement chaleureux de Râ dieu soleil de l’Egypte ancienne. Rayon qui s’infiltre dans les couches épaisses et enveloppantes de nos chairs. Odeurs envoutantes et voluptueuses, parfums d‘été sous les tonnelles des pays méditerranéens pendant que le pastis et le thé brûlant et odorant coulent à flot.

LLes : deux ailes pour s’envoler au firmament, porté dans des bras puissant des flots d’une vie en expansion.

Mi RE LLe : une accolade, une mélodie douce qui résonne dans le creux de la nuit la plus profonde et des journées qui s’enfilent et s’enchainent les unes dans les autres par la jointure des miches rondes des femmes. Qui me conduisent vers mon nom, ma lignée, mon héritage, ma pesanteur, la transcendance de ma destinée, grâce au sublime éclat du primat d’un I victorieux et altier, tentant l’impossible exploit de sa verticalité soutenue en son horizon entre un M qui se dit aime et un R qui est l’air que nous respirons. L’ordre des lettres s’affole, qui est premier, deuxième, ou troisième, la gamme s’emmêle, crée à l’infini une épopée symphonique. Le prénom en vient à jouer la naissance des œuvres de l’esprit.

CHOLE : la terre où les choux poussent. Mon étymologie, ma signification, la fertilité d’une des branches de l’arbre familiale s’éteint, inexorablement. Laissant place à une indéfectible sublimation, un art de guérison en remplacement de l’art médical officiel. Insignifiance du légume, et richesse de la métaphore, le réel n’épuisant pas l’imaginaire et l’allégorie souterraine de ma lignée.

Y : La transformation entre l’Est et l’Ouest d’un T qui distingue les origines du nom entre l’EST et l’OUEST. Chercher dans l’alphabet hébraïque, entre l’alpha et l’oméga, Yud Yesh, un premier jet d’un I planté dans une terre qui s’élève par 2 branches vers le ciel, accueillant en leurs bras un espace nourricier ouvert sur trois dimensions de l’Etre. Conduisant à la perfection du 7, qui n’est pas de ce monde.

4 fois deux ailes, l’élan pointu d’un I unique ancré dans une solidité d’un R coltiné avec la profondeur terrienne d’un Y flirtant avec deux EI qui disent AIE AIE comme pour dire le paradoxe de tout youpi, et de l’émerveillement du O qui se prolonge de l’enfance jusqu’à la vieillesse des temps.

Ecrit : M, initiant le 8 de la réalisation, début d’une enveloppe en accroche avec le ciel, venant en miroir au Y, terme d’un nom qui équilibre les forces célestes et terrestres.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 20 Juillet 2016

Sombre. Sombre du noir d’une nuit infernale. Nuit de l’âme, nuit des sens, nuit des actes, tout est silence, obscurité. Nuit des temps. Gouffre ouvert. Plongée des êtres dans un abîme sans fond. Plaintes, longues plaintes silencieuses d’indicibles angoisses, mots scellés, empêchés, arrêtés. Peur au ventre. Errance de l’âme, vidée, essorée, lessivée, labourée, vampirisée. Désespérance. Bouches béantes au bord de l’écœurement. Lèvres explosées d’un air pestilentiel. Yeux hagards, rien pour accrocher un regard. Corps faméliques, ombres de ce qui fût. En d’autres temps ? Temps, tu n’es plus. Des cris déchirent le ciel. Oh Dieu, assez de tes fléaux, de ton courroux. Ton peuple est à terre, gémissant, larmoyant. Au bout de lui-même. Le monde sombre, sombre, sombre dans une nuit infernale.

« Lucas, tu as fini tes devoirs ? Allez, arrête de lire ces sciences fictions ? Mais où vont-ils donc chercher tout cela ! Papa, tu crois vraiment que cela n’a jamais existé. Quoi, ces histoires là ? Bien sûr que non. Des histoires de communistes encore ça. Ca n’a pas pu se faire, allons ! Et ils disent en plus que ça existe aujourd’hui dans d’autres pays ? Que cela se passe sous nos yeux ! Allons, donc, on le saurait, on aurait des images à la télé, on en parlerait dans les journaux, sur les réseaux sociaux. Plus rien ne nous échappe maintenant. Fiction tout cela ! Foutaises ! Juste bon à passer des soirées à lire. Allez, va te coucher. Dors bien. Et fais de beaux rêves".

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 10 Juillet 2016

A perdre haleine

Partir, s’éloigner. Au plus vite. Du sang s’écoule de sa jambe. Faire un garrot. Vite, vite, avant qu’il ne s’évanouisse, avant qu’il ne se vide de lui-même. Mettre le plus de distance avant qu’il ne soit repéré. S’arrêter et prendre soin de sa jambe. Trop tard, il entend les chiens, ils ne sont pas loin. Il voit encore les barbelés qu’il vient de franchir. Il s’en est sorti. Comment a-t-il fait ? Sa cuisse est profondément lacérée. Des voix claquent dans la nuit, excitent les chiens. Vite, arracher de sa bouche un pan de sa chemise. Vite, se redresser, à peine, pour ne pas être vu, rester camouflé, rester contre le vent. Presser son poing au creux de l’aine. Vite, avec l’aide de son autre main, entourer sa chair juste au-dessus de sa plaie. Vite, enserrer, de toutes ses forces, avec ses dents. Avec des gestes précis, rapides. Mesurer jusqu’où serrer. Et faire le nœud, lestement. Victoire. Attendre jusqu’à ne plus sentir son sang, ce liquide chaud, son odeur. Les battements de son cœur ralentissent. Se retourner sur son ventre, et ramper, encore et encore. Ramper à en vomir, plus vite, plus longtemps que lors des entrainements. Puis, se terrer dans le container, s’enterrer sous terre, attendre, espérer que les chiens ne viennent pas dans sa direction, que la meute passe au loin. Qu’ils perdent sa trace dans le lit du ruisseau. Il reste tapi, animal aux aguets. Lentement, il retrouve des forces. Les aboiements s’estompent. Attendre, encore. Il sait de quels tours de passe-passe ils sont capables. Une seule pensée, une obsession, rejoigne son camp, au plus vite. Avant qu’il ne perde conscience, avant que sa jambe ne le soutienne plus. Au petit matin flageolant, il se lève, et court, court à perdre haleine, sans plus rien sentir de lui, que cette saveur aigre douce du sang dans sa bouche. Où sont-ils ? Il n’entend plus rien, ne voit plus rien. Il s’effondre. Là, au bord de son camp. L’ont-ils vu ? Viendront-ils le chercher, le soutenir. Il rampe encore, un peu, quelques mètres gagnés. Il crie. Il prend tous les risques. Il appelle, encore et encore. Crier, hurler, s’époumoner, sentir le souffle entre ses dents. Il se sent partir. Crier, encore. Il entend une voix dire « jusque 83 ». Il sombre, en paix.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 2 Juillet 2016

Un métier?

Je suis chargée de mission. Une dénomination vague, un fourre-tout du secteur public et parapublic. Mon métier consisterait à se faire oublier. A se fondre dans la masse la plus dense possible. C’est un métier de fourmi. D’abord parce que lorsqu’elle se réveille, la fourmi ne peut que réaliser la tâche du jour qui lui est assignée, ensuite parce que, lorsqu’il y a plusieurs fourmis dans un même lieu, elles sont toutes les mêmes et croient toutes au bien communautaire de leur fourmilière. Un métier de petits riens. Je suis un serviteur de l’Etat. Tous les serviteurs de l’Etat désirent le pouvoir pour le bien collectif. Etre serviteur de l’Etat, c’est d’abord être la petite main des puissants, une façon d’être au cœur de la politique sans en faire. Rassurer, s’effacer, de telle manière que les autres finissent par vous faire confiance, et vous confient par inadvertance leur secret les plus inavouables. Etre un serviteur de l’Etat est un état qui exige l’abnégation de soi, de sa pensée, de ses croyances, de ses idéaux. D’être attentif à chaque instant. Vivre avec une peau de silence. Glisser de discours en discours, tournant sa veste au grès du vent soufflant au sommet des parties politiques. Figer un sourire permanent sur son visage, les traits lisses en toutes circonstances.

La majeure partie de mon temps, j’écris. J’écris donc, beaucoup. A ma table de travail dans un bureau situé au troisième étage, à mi-chemin de l’étage stratégique du top management, à mi-parcours des « Tout-puissants ». J’écris, avec rigueur et patience. J’écris, comme si à chaque fois cela m’était un accouchement. Des rapports, des comptes rendus, des instructions, des mémos, des notes d’information, des notes d’intention, des notes de cadrage, des notes de reporting, des analyses et synthèses de données, des points d’alerte ou d’étape, des documents de présentation, des questionnaires de bilan, d’opinion, de satisfaction…. J’écris, inlassablement, inexorablement. Cherchant le sens de tout cela. Ecrire donc. Et lire aussi, ce que tout un chacun écrit. Ce n’est pas de la littérature. Loin s’en faut. C’est une écriture abrupte, rationnelle, d’objectivation, dite d’objectivité. Nulle production de concept. Un alignement de phrases sur power point ou sur Word. Et de chiffres sur Excel. Quelquefois via Google pour les questionnaires. Transformer cette tonne de lettres et de signes. En orientation, en recommandation, en cadrage… De l’écrit, encore et toujours. Pour qui ? Pour les chefs, les directeurs de direction, l’adjoint au directeur général, pour le directeur général. Et pour les directions régionales et leurs «chargés de mission», les directeurs territoriaux et leurs « chargés de mission », les directeurs de site et, cela arrive, parfois, leurs équipes. Il m’arrive d’écrire des articles. Peu, trop peu de temps donné à cette activité, qui s’adresse à un public large. Informer alors d’expériences sélectionnées et réalisées par le terrain, de leurs résultats et de leurs impacts. C’est alors un temps forts de valorisation des actions conduites, un signe de reconnaissance auprès des politiques publiques ou des équipes elles-mêmes.

Une bonne partie du temps restant passe à téléphoner, beaucoup, et à répondre au téléphone, souvent. Entre deux mots, entre deux signes, entre deux notes. A organiser des réunions. C’est la part de contact direct avec les utilisateurs de ces productions écrites, les acteurs de terrain, ceux qui doivent « mettre en œuvre » les chantiers dont le « LA », la tonalité, est donné par la direction générale. A « articuler » le niveau national aux niveaux régionaux et territoriaux. Cette notion d’articulation donne bien l’idée de rendre lisible, compréhensible ce qui se dit. Elle a aussi le sens de la mobilité, de l’ajustement, du lien, une articulation entre des réalités nécessaires l’une à l’autre, mais dont la connexion ne va pas de soi. Tenter d’articuler, d’être une interface, c’est la part la plus subtile de mon travail, et dont je ne parle pas, elle est à préserver, à garder dans le secret. Elle est cette rencontre humaine, dont les cadres dirigeants aimeraient tant nous affranchir. Et qui revient, comme un effet boomerang, à attraper au vol. A rattraper malgré le vol qui en est fait. C’est là, dans ce creuset, que se trouve une dimension pleinement créative, presque subversive de mon métier. Car là est notre savoir-faire, nous les chargés de mission, notre expérience et talent, nos connaissances tant livresques qu’expérientielles et sociales. Connaitre les personnes à qui s’adresser, leurs enjeux, les injonctions dans lesquelles elles se trouvent enferrées, les spécificités organisationnelles locales, les modes de circulation de l’information et de prise de décision particulière à un contexte. Là est notre possible initiative. Qui suppose, pour s’exercer, une loyauté sans faille aux orientations de nos cadres dirigeants. Paradoxes. Prégnance des non-dits. De la confiance donnée sans rien en dire. De l’implicite. Du politiquement correct. Notre légitimité se situe là. Ce qui nous autorise, nous, les « chargés de missions ». Mon métier ? C’est être un « chef de chantier », dont l’œuvre d’art serait cette tonne de sens à produire, et qui nous le fait perdre. Dont les outils sont cette multitude d’écrits, de mots dits, qui les banalisent. Et dont le cœur, lui, bat, là, dans cette rencontre de « l’esprit et de la lettre ». Il palpite, avec force et vivacité, souvent, avec pesanteur, parfois. Jusqu’à s’étioler, dans le poids du pouvoir de ceux qui se pensent puissants.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 19 Juin 2016

Vroum

J-30. Levée du jour. Il fait bon, la chaleur est douce. Je percute l’opercule et grignote patiemment. Je sors mes antennes, me hisse hors de l’alvéole et me déploie. Mon corps est velu, massif, mes pattes sont courtes, mes mandibules ramassées. J’entends un bruissement, mes sœurs s’activent tout alentour. Une grande opération de ventilation. Elles restent sans bouger, juste un battement d’ailes. Certaines passent à toute vitesse, des pelotes accrochées à leurs pattes. C’est le début du printemps. Mes sœurs butinent, c’est la bonne période. Elles pompent le nectar des fleurs. Les réserves pour les grands froids de l’hiver. Moi, je ne peux pas faire comme elle, je ne suis pas équipé pour. Et pourquoi je ne peux pas faire comme elles ! Je ne comprends rien à ce qu’elles racontent. Elles me disent que cela viendra, plus tard.

J-25 : Mes sœurs s’agglutinent autour d’un lieu protégé. Je peux enfin me mouvoir, je m’approche, mais elles, elles me rejettent. Je suis un mâle. Je ne leur sers à rien. J’arrive trop tard, la reine ma mère est pleine. Trop tôt pour moi de toute façon, me disent-elles. Je comprendrais, quand je serais plus grand. Elles, elles la nourrissent, et tous ses rejetons de larves avec. Je volette de ci de là, je bourdonne, je me délecte du miel, c’est mon rôle.

J-20 : Suis-je donc le seul. Non, je les reconnais, nous sommes une belle flopée à nous tenir au chaud, en attendant. On me dit que je suis promis à un bel avenir, un envol nuptial, mais que ce n’est pas encore le moment. Pas assez mature. Une histoire de gamètes. Cela viendra, plus tard. Que c’est mon rôle à venir.

J-15. Je distingue aujourd’hui une zone contrastée, une raie, elle m’attire. Le trafic y est intense. Des allez retour incessants des butineuses. Et hop, je me fonds dans la nuée. Et hop, je suis le mouvement, et hop, je plonge dans un univers d’odeurs et d’éblouissement. Le soleil est au zénith. Je vois tout en gris et en blanc. On m’a parlé de mes yeux, immenses, faits de mille facettes. Je capte trop d’information. Je suis dérouté. Les femelles fusent de toute part, très occupées. Elles ne me donnent aucunes indications. Pas le temps. Je leur suis indifférent. Le froid arrive. Je veux revenir chez moi, douillettement entouré de mes sœurs. J’atterri sur une barrette d‘entrée. Les gardiennes hésitent, puis me laissent passer. C’est étrange, l’odeur, ce n’est pas celle que je connais. Ce n’est pas ma ruche. Qu’importe, les abeilles me reçoivent, il fait bon, il fait chaud, un peu trop, la cire est molle. Je ventile avec elles. Je bruisse, un peu trop fort, elles me disent que je vroum. C’est drôle. C’est mon rôle.

Jour J-5. 10 jours à voleter d’ici de là de ruches en ruches, il y en a toute une colonie ici, une bonne centaine. A chaque fois le même accueil, à chaque fois, on me parle du temps à venir, de la promesse, quand je serai prêt. Mais comment le saurai-je, que je suis prêt ! Et prêt à quoi ! Mais bon, la vie est belle, je me délecte de miel, je vroum, je sors, je vais, je viens à ma guise. On n’attend rien de moi. Et je me la coule douce. Les grandes chaleurs de l’été approchent. Je côtoie de plus en plus fréquemment mes collègues mâles lors de grand rassemblement loin des ruches. C’est agréable. C’est notre rôle.

Jour J. Là, c’est fait, je suis un mâle, un vrai, je vois mon organe s’allonger. Je sens une odeur inconnue, délectable. Irrésistible. Au dehors de la ruche. Au loin, très loin de la colonie. A un endroit où je ne m’y suis encore jamais hasardé. Mais l’attraction est si forte. Je vole et je vole à tire d’aile, impatient. Ces effluves, suaves, insistantes, entêtantes. De plus en plus puissantes. L’air en est imprégné, elles m’enveloppent, me rendent fou. Je file comme l’éclair, les km défilent, je suis devenu un héros, je ne sens plus mon corps. Et là, je la voie elle, dans une pénombre, si semblable à ma mère, si jeune, si belle, au torse si effilé, au teint si clair. Elle, la promesse. Nous sommes des cent et des milliers autour. Une nuée. C’est irrésistible, je m’enfonce en elle, de tout mon élan, et je me retire, comme tous les autres. Mais, mais que se passe t il ? Mon organe pendouille, pitoyable, mon abdomen se déchire. D’où me vient cette faiblesse ? Pourquoi cette ombre sur le sol ? Ah ça, elles ne m’en avaient rien dit.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 14 Juin 2016

Lieux d'une vie

Lieux au parfum d’enfance, ceux de la nuit, du jour, au soir, à midi, à jeun ou repue, lors des journées rythmées par les temps d’école, de repas, des crépuscules à n’en plus finir. Longues solitudes habitées de rêves, d’explorations fantasmées, dans le foisonnement d’un imaginaire nourri aux mythologies des grecs, des romains, des pays lointains, de préférence.

Lieux insolites et à la « dure » de ma période folle de jeune femme où moi-même avec le recul me demande comment mes parents ont pu accepter de me voir aller. S’ils avaient su… Immensité sur les flancs de pics montagneux, vertige face aux nuits étoilées, rondeur des temps musicaux d’un bord de plage, profondeur rassurante du creux d’un rocher un soir de pluie, excitation des abris de fortune sous un porche ou dans une cour d’école, ivresse des ténèbres dans des gouffres du centre de la terre, hors des temps….

Lieux d’aventures et d’espoir, chez tous ces hommes connus et ces amitiés croisées, soirées longues en tête à tête, dans le cercle étroit d’un groupe, parler d’intimité, refaire le monde, se sentir, se frôler, se humer, se chercher, corps à corps, peaux à peaux, cœurs à cœurs, à tâter dans la nuit des âmes, à palpiter. Ah ! Tenter un accord improbable.

Lieux de souffrance, d’angoisse, d’agonie. Gémissements, brûlure d’un corps, craindre de ne plus voir le jour, de ne pas arriver à la nuit, confondre la lumière et le sombre, attendre, attendre, et attendre. Que le temps passe et fasse son œuvre. Jusqu’à la désespérance des lendemains insaisissables. Draps humides, morsure sur la peau, lourdeurs des couvertures. Ne plus en pouvoir, et ne pouvoir que se calfeutrer dans le tunnel d’un lit. Oubli de tout, de la vie d’avant, de celle de demain, du lieu lui-même, si inhospitalier pour un nom pourtant si beau, hôpital. Etre là, nue comme un ver solitaire, à sombrer.

Lieux d’une quête, de villégiature, une échappée belle, une semaine, d’un WE prolongé, rompre avec la pesanteur d’une vie responsable, d’une vie du paraitre, d’une vie alourdie de tous les poids des « il faut », « tu dois », « n’oubli pas », « souviens toi », « si tu n’y prends pas garde », « que dira-t-on ». Illusion de l’allégement, un moment, dans un espace hors du temps, si bref, de répit. Ici ou là, palaces, chambres d’hôtes, igloos ; des grottes, des tentes, des cabanes ; à la belle étoile, chez les uns et les autres, qu’importe, pourvu que le charme de l’inhabituel fasse rupture.

Légère, fine, une trouée, une aspiration, dans une articulation. Laisse la mémoire d’une dérision. Marque le temps du désir. 15 jours pour que la plaie se cautérise, 6 mois pour revivre. 12 mois pour oublier, presque. Toute une vie, avec la marque d’une cicatrice qui me fit basculer.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 10 Juin 2016

Elle, l’amoureuse transie d’attente et d’espoir, lui, l’amant qui s’aventure d’aventure dans ses bras. Passage éclair, la laissant le cœur en errance, ensemencé d’une étincelle. Instants lumineux de chair à chair, chair labourée de sa force, chair pétrie de désir. Etonnement, chavirement en son âme. Qu’est-ce ? Une vie qui s’étiolait plonge en sa vérité.

Mes mots seront nos enfants, je les porte en moi, les berce, les dorlote, leur roucoule des sons doux d’amour. Ils se lovent en mes creux et mes rondeurs, ils pèsent, s’impatientent, tempêtent, s’endorment un temps, s’éveillent un soir, fustigeant mon sommeil. Ils sont nés de nos amours d’une nuit, ils s’élancent un jour et s’envolent un autre dans des vents contraires. Nul ne peut alors les retenir, ils galopent impétueusement. Secret espoir qu’ils viennent à l’orée de tes yeux, de ta bouche, que tu t’en saisisses. Mots d’amour, mots de colère, mots d’espérance, mots gagnés de haute lutte, un baume à nos corps harassés, mots qui t’appellent sans fin, toi, toi, mon amour. Pour une de tes caresses, un de tes désirs, pour un de tes regards ardents. Pour toute ta fougue, ta passion, étouffée, volcanique.

Je te regarde, tu marches dans la pièce, nu, fragile, sublime. Tu t’allonges, ton corps m’est une invite. Je savoure, ta texture, ta saveur, jusqu’au moindre de tes atomes. Ton sexe à ma main, la vie s’éveille. Fines vibrations, suspension du temps, je suis là entièrement ramassée dans cet instant. Ivresse des sens. L’univers bascule à tes lèvres. Je ne suis plus que ce désir, plus que cette force, cette attirance, cette masse dans mes reins, ce sombre et cette lumière dans mon cœur.

J’entends, le bruissement de tes pas, le son de ta voix, le souffle de ta respiration, le parfum de ton corps. Viens, là, au creux de mon cœur, viens. Je suis là, endors toi tranquillement, je ne te quitte pas. Je suis là, contre toi, mon ventre contre ton dos. Je t’enlace, te berce de mes mots. Je suis là, dors mon bel amour. Ma chaleur t’enveloppe, te protège. Dors en paix. Je veille, nul ne viendra troubler ton sommeil. Je suis là, dors, mon bel amour. Ton souffle m’est un ronronnement, s’échappe de tes lèvres, vibrantes. Tes cils drus bordent délicatement tes yeux fermés, qui frissonnent, abandonnés dans le sommeil.

Je te regarde, je m’émerveille de toi. Tu prends ta douche, les gouttes d’eau s’éclaboussent sur ta peau. Mille feux s’allument sur ton corps sculptural. Jour après jour, nuit après nuit, infiniment je me délecte de toi.

Tourmente au creux du ventre, sourde à l’orée du cœur. Le temps passe, tout ce qui nous sépare, ce décalage dans nos rythmes de vie. Tu étais bousculé par l’urgence matérielle et familiale de ta vie. J’étais dans l’abandon de toutes exigences sociales. Tu restes silencieux. Tu ne sais rien de mes tourments, ne veux, ne peux rien en savoir. Je t’aime, je t’aime mille fois, c’est là, je ne m’en échappe pas. Sans aucune espérance, je ne peux pantoise qu’entendre cet amour qui gronde et ne me laisse plus en paix. Faiblesse de mon corps, faiblesse de mon âme, un sillon se creuse en moi. Où es-tu en ces jours. Où es- tu, auprès de qui adoucis-tu ta peine ?

Majestueux dans ton costume de bord de mer, tu jaillis des flots tel Neptune en des temps anciens. Moi, j’étais là, échouée sur le sable. Miroitement du soleil au loin dans la mer étale, je fus éblouie.

Tourner une page. Effacer tout contact. Silence, absence, oubli. Là, face à la page blanche, nue, désespérément. Plus d'élan, plus rien ne s'écrit. Juste lui, son visage, son odeur, sa détresse. Juste lui, là, au beau milieu de l'espace, me hante. Rien de cette liberté escomptée. Rien de la magie de l'esprit d'aventure. Juste lui, là, encore et encore, une racine si profonde. Espérer encore. Souffrance vive du manque, je t'appelle en mon coeur, encore.

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Rédigé par Mireille Cholley

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