Portraits

Publié le 10 Août 2016

Portraits

Il y a sœur Anne, la délicatesse même, l’écoute, la bienveillance, l’accueil personnifié. Tout est grâce a-t-elle coutume de dire. Pour dire, tout se reçoit et s’incarne dans la grâce et avec la grâce de Dieu. Elle s’occupait avant des vaches m’a-t-on dit. Ce qui ne lui fait pas un grand changement avec maintenant … Près des 70 ans, le dos courbé, à peine, des yeux pétillants de malice et de gaité. Une maitresse femme tout en douceur et fermeté. D’origine marocaine. La chaleur de son pays dans son cœur, dans le soin pris à préparer les chambres et les tables, à nous recevoir. Un petit bouquet de lys et de roses sur une table de nuit pour nous accueillir, un florilège de fleurs là où nous déjeunons pour égayer une desserte, un drapé de serviette pour une touche d’attention dans nos assiettes… Une profondeur de la vie vécue en Dieu, qui m’ouvre l’horizon du temps et de l’espace. Et me fait vibrer au vent de l’esprit, librement. Le choix d’une vie monastique, selon la règle de Saint Benoit, à Valognes, dans le Cotentin. Pays rugueux, pays sauvage, pays si généreux de lui-même lorsque j’y passe l’été. De vastes plages de sables blonds, des marées petites et grandes, du vent comme un doux zéphyr, des jeux de lumière dans le ciel et sur mer. Un miroitement et des transparences. Qui sied à mon âme. Toujours au-delà, par-delà.

Vadrouille aujourd’hui du côté du Nez de Jobourg, baignade dans une anse spacieuse, mer et ciel bleus, blondeur mouillée du sable. Escapade vers Vauville, bruyère passée mais laissant encore des touches de mauve çà et là. Un couple sur la plage : longue accolade. Du plaisir de se revoir ? Je nage, cela me délasse et me lave de mes émotions trop vives.

Il y a Anne. Un délice de poésie. Une femme faite, toute dans l’écoute et la délicatesse elle aussi, dans l’accueil de ce qui se dit, de ce qui se vie, des choix faits. Respect du libre arbitre. Tout en gardant sa ligne de conduite et de vie. Des yeux doux, regardant profondément, parfois tristes, parfois rieurs. Des éclats de rires explosifs, et des sourires d’une douceur désarmante. Femme en chair, femme aux rondeurs pleines qu’un Monnet avait si bien saisies. Un métier d’ouverture à l’autre, d’écoute de l’inconscient. Une aspiration vers je ne sais comment le nommer, disons vers l’Indicible, l’Innommable, l’Insondable. La grâce faite femme. Une harmonie se cherche, une attention aux « petites et grandes » choses de la vie. Une mère, une épouse, une aimante. Une Vénusienne et une lunaire. Intuition, art, sensualité. Une parisienne aimant s’échapper dans l’une de ses villégiatures, une en Normandie dans un lieu délicieux, près d’Etretat, l’autre que je ne connais pas, dans le midi, « so blue ».

Longue station hier sur la plage de Carteret, immobile à contempler la course du soleil, à écouter le vent, la mer, la terre et ce qu’ils me disent de leurs temps immémoriaux, à entendre le bruissement des gens et de leur monde…. Détente devant l’immensité de cette plage à marée basse. Et silence le soir devant la flamboyance d’un coucher de soleil au Sémaphore, sur les hauteurs. St Vaast et l’Ile de Tatihou aujourd’hui. Luxuriance des jardins botaniques, contrastes face aux dunes et espaces d’herbacées. Mer et ciel bleus profonds. Baignade en fin d’après-midi un peu après Réville. L’eau est douce à cette heure tardive, nage au milieu d’un ban de mouettes …

Retour à Carteret, sur cette plage si longue, si calme aux couchers de soleil si majestueux. Un bain m’a délassée. J’aime me laisser couler dans l’eau, être enveloppée et ballotée au gré des vagues, nager avec onctuosité, sentir la présence de l’eau et sa consistance qui me porte et allège le poids de mon corps, m’appuyer sur elle pour avancer en brasse coulée ou en crawl. La soirée est belle, claire. Je suis restée un moment sur la terrasse du café, à écouter les vagues, regarder le ciel couchant, et observer les habitués du café, bourgeoisie bien-pensante, aux signes subtils de reconnaissance. Un regard, une attitude de la tête, un bronzage, des chaussures ou lunettes décontractés de marques, un attablement réservé de longues connaissances, une tonalité haute de la voix, habits uniformes de toutes les nuances de bleus. Des promeneurs improbables se perdent dans cette masse indistincte.

Rédigé par Mireille Cholley

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