Minuit

Publié le 17 Juin 2017

Minuit. Pile. 00 :00 sur l’écran lumineux de son portable. La mer gronde, il vente, il bruine dans ce pays où elle a échoué. Venue par hasard il y a 10 ans, revenue depuis chaque année pour des vacances d’été. Pour l’amour de ces longues plages de sables blonds, dénudées à marée basse ; de ces côtes sauvages, un village se nichant dans les creux des tendres valleuses ; de ces longs couchers de soleil au loin, ciel et mer flirtant dans une danse des sens ; de toutes ces nuances de bleus, verts, gris, blancs qui se côtoient jour après jour, nuit après nuit, heure après heure. Amoureuse, elle le fut au premier instant, amoureuse elle le reste. Une épine en son cœur, un élan en son corps. Là, elle se sent, elle. Là, elle devient, elle. Plus d’interdits, plus de carcans, elle se libère d’elle-même. Au rythme du va et vient incessant des vagues et marées. Il fait froid, il fait humide, le soleil réchauffe à peine les corps les jours cléments. Mais elle aime ce pays, follement, infiniment, de toute son âme. Elle vibre, là, à cette peau qu’elle connaît encore si peu. Juste entre-aperçue. Une saveur en elle, sous sa langue, en son cœur. Un rien, qui lui donne un horizon, elle qui n’aspire qu’au vertical.

Minuit. L’heure où tout bascule, un jour était, déjà plus là, un jour sera, pas encore là. Minuit. En équilibre entre ce qui fût et ce qui sera. Que dire de ce qu’il sera de l’existence, de son poids, de sa légèreté.

Nul pour lui répondre, même en échos. Ecrire, contre le silence, contre l’absence, contre l’oubli, contre Toi. Ecrire, pour dire, pour célébrer, pour faire exister, encore et encore. Dire le sublime d’une rencontre. Ecrire, cette histoire, et en faire toute une histoire.

Dans le vent, dans les vagues, dans l’écume d’une mer tourbillonnante, dans les grains de sable, dans les miroirs des flaques, dans une main qui s’ouvre, dans des bras qui accueillent, dans la douceur d’une voix, dans l’impétuosité d’un geste, dans les yeux à mille facettes d’un chat qui semble s’étonner, dans cette aile qui s’élève et s’abaisse, dans le vol des mouettes, dans la puissance d’un homme qui rame, partout, je te cherche, je Te vois.

Ombres et lumières. La mer au loin, si loin cette fois-ci, revient. Au galop.

Elle aime cette vie-là, au rythme des marées et des jours. Plus rien à prouver, plus rien à dire et à faire. Etre là, juste là, laisser le temps s’écouler en elle, comme du miel dans ses veines. Sentir la vibration si fine du temps grandir en elle, l’envahir, hors du temps. Un goût de sel dans la bouche et sur la peau, un horizon dans la rade d’un port, un regard au loin, s’éloigne d’ici. Sur la ligne d’horizon, des voiliers dansent avec les éléments.

Les grandes marées. L’eau lèche le ponton, presque aucunes vagues. Doux bruit de ressac. Odeur de sel mouillé. L’ile Jersey s’est éloignée, la courbe de la Terre se dessine. L’air est doux. La mer est grise, vert d’eau par endroit. Contraste d’avec les jours précédents, de tempêtes, d’odeurs d’iode et d’algues. Florilège de tons de bleus et de verts et d’ocre et marron. Trouées de cailloux à marée basse. Aujourd’hui, tout est uniforme, Terre et Ciel unifiés. Passent les bateaux.

Rédigé par Mireille Cholley

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