Publié le 29 Septembre 2013

Non, Lucie n’a pas renoncé à elle-même. Elle a obtenu ce qu’elle voulait.

D’abord, par une présence douce, discrète, mine de rien, une présence insistante de chaque instant. Par les plats à déguster, la délicatesse d’un gâteau, l’abondance d’une salade, l’offrande d’un apéritif, d’un thé, d’un vase. Des petits riens qui marquaient son désir : être là, parmi lui et ses objets. Etre là par la chaleur d’un présent. Etre là, sans rien dire, sans rien annoncer, sans rien demander. Et préparer les mets qui l’attachent plus surement que des mots.

Non, Lucie n’est pas l’image de rêve d’une femme au don inconditionnel de soi, n’attendant rien de son sacrifice. Elle semble devenue sa servante. En apparence, seulement. A-t-elle vraiment choisie la vie qu’elle mène à ce jour ? Pour une grande part oui : une vie avec l’homme qu’elle aime, dans une maison, grande, refaite ensemble, dont les moindres couleurs et textures ont été décidées de concert. Des jours s’écoulant côte à côte. Oui. Ils se côtoient, jour après jour. Une forme de contrat ? Tacite ou formel ? Un amour de raison ? Quoi de plus banal.

Elle a obtenu une présence masculine de chaque instant, rassurante, pour supporter ses jours finissants et sa peine.

Lui, il a choisi cette vie. Est-il prisonnier ou libéré par ce contrat ? L’interprétation des circonstances est trompeuse. Un contrat satisfaisant, en apparence. Pour autant, trop d’amertume et de colère dans ses propos, dans ses remarques sur « le pays » et ses habitants. A peine un rien de trop de distance dans sa relation à Lucie. Et le doute s’immisce. Quelle est la vraie nature des liens qui les retiennent ensemble ?

Un jour, longtemps avant, Marie l’avait mis au pied du mur. Elle l’avait aimé, et l’aime encore, malgré son éloignement. Ils se sont connus, ont vécu une intimité extraordinaire, sur plusieurs années, qui l’a conduite à se séparer d’autres amours, d’autres hommes. Elle vivait avec lui une intensité des sentiments et des émois fortuite et illégitime.

Savent-ils l’ambiguïté de leur lien ? Connaissent-ils les ressorts subtils qui, sous la surface du monde, laissent transpirer entre eux la dure loi de désirs inaccomplis ? La dureté : c’est le mot qui caractérise le mieux ce que Marie a éprouvé en allant les voir, il y a peu de temps, après toutes ces longues années. Aucuns signes de tendresse dans leur geste du quotidien entre eux. Sous le discours affable, derrière la politesse avenante de leur accueil, une sécheresse du cœur, un élan de l’être arrêté. Une aspiration étouffée pour lui, une crainte immobilisante pour elle. La peur brute, grise, gluante, sclérosante.

Marie s'éloigne de cette visite les larmes au cœur et la joie au ventre, dubitative. Comment leur avenir pouvait-il advenir ? Mais bien sûr, ses intuitions ne pouvaient qu’être perverties par son amour passé. Pour autant, au fond d’elle-même, une certitude grandissait : non, Lucie n’a jamais été dans le renoncement d’elle-même. Et non, Lucie n’est pas cette grandeur d’âme que lui prêtent ceux qui ne regardent avec compassion que la désespérance de sa situation. Oui, Lucie a ce qu‘elle désirait, d’un désir inavoué et inavouable sous la douceur du trait. Possession froide, calculée, mutuelle.

Une satisfaction pour Marie ? Un regret ? Une libération ? Une colère encore passionnelle s’installait en elle, puis se transformait en une tristesse venant de l’étroitesse de cet amour, ou de son absence d’amour à elle et de sa solitude. Lucie lui donnait à voir le prix à payer pour ces jeux amoureux, si universels. Mais que savait-elle, elle, du poids de l’amour.

Ivresse, ivresse sans nom d’un amour indicible et si pressant. Lorsqu’il devient une ondée, si légère sur la peau. Une eau vive fraiche en son corps, une plongée d’une profondeur d’où l’ivresse d’un trop prend sa source.

Une vie intime

Voir les commentaires

Repost 0

Publié le 27 Septembre 2013

Ma ville d'adoption

Aix et sa douceur de vivre, son soleil, ses fontaines et ses places ombragées. J’ai vécu dans cette ville près de 20 ans, parfois m’éloignant d’elle. Et fidèle lui revenait à chaque fois avec un plaisir renouvelé. Le cours Mirabeau, son artère centrale, une double circulation entre rive droite et les hôtels particuliers, et rive gauche et les ruelles aujourd’hui commerçantes. Je me suis perdue souvent dans ses rues. Et je me retrouvais indéfectiblement sur ce cours. Cours ceinturé d’augustes platanes centenaires. Trois fontaines l’agrémentent, deux d’eau de source en son milieu dont les Aixois, les vrais, viennent remplir leur bidon. La troisième est à l’extrémité et trône au centre de la place de la Rotonde, majestueuse et explosant de fraicheur. Alignement des cafés sur le trottoir gauche du cours, les femmes et les hommes passent et s’offrent au regard des touristes assis aux terrasses. Alignement des commerces de luxe et des banques sur la rive droite, protégée des flâneurs. Accord tacite, indicible. Animation le soir, le cinéma draine les habitants des alentours de la ville. Un boulevard la ceinture, l’entoure, la protège des agressions des voitures. Le centre d’Aix se découvre à pied. Au-delà, rayonnent tous les villages méditerranéens hauts en couleurs.

J’ai souvent arpenté ses ruelles pour aller à mon travail, garant ma voiture au parking de l’entrée Sud et marchant vers l’enceinte Nord. Tôt le matin et tard le soir. Eveil des commerces aux petits matins, va et vient des camions venant achalander tôt ou décharger à midi le marché du centre-ville. Notre café préféré sur la place du centre, où souvent nous nous reposions à midi prenant le soleil en plein visage avant la reprise du boulot. Souvenirs d’amis et de collègues avec qui nous refaisions le monde, avec qui j’ai vibré d’émotions multiples suivant les aléas de nos amours. Autre café et terrasse favorite sur la place de l’église, en fin d’après-midi ou le dimanche pour siroter un pastis, un kir en se prélassant tout en finissant une réunion. J’ai connu les cours intérieures des hôtels particuliers, lors des festivals de musique, où nous pouvions écouter Mozart, Bach, Debussy, Messiaen, et des auteurs compositeurs contemporains encore inconnus. Et vu les parcs se transformer en scène lors des festivals de danse. J’en connais sa saveur, sa plénitude, et ses excès. Monde lisse d’une bourgeoisie bien-pensante, Aix stagne, Aix dort, Aix se conforme à sa réputation. Monde bien huilé d’aisance et d’oisiveté. Qui l’oppose à sa voisine, Marseille la tourbillonnante et foisonnante. Mais Aix reste ma ville, où pointe un soupçon de nostalgie en mon cœur lorsque je me souviens de ce temps, qui n’est plus. Et ne sera plus, Aix a pris son virage, le TGV est à peine à trois heures de Paris. Les couleurs d’une banlieue parisienne chic, le soleil en plus.

Voir les commentaires

Repost 0

Publié le 26 Septembre 2013

Mardi 26 mars

Le départ. Le temps est gris, sans pluie. Le soleil transpire à travers les nuages. Je reste un bon moment dans ma chambre d’hôtel, consulte mes mails, prépare ma valise. Je pars vers midi, l’embarquement de l’avion est à 17h. Flâneries au bord de mer, entre San Zaccaria et San Marco. Dernier repas, qui par hasard est le restaurateur chez qui j’ai déjeuné vendredi. La boucle est bouclée. Un couple entre dans le restaurant, l’homme tout en silence et discrétion s’impose pour ouvrir la porte à sa dulcinée. Je flâne sur les quais. J’achète un petit masque pour Doriane, en souvenir de son désir de carnaval. J’attends dans un jardin. Retrouver la terre, les arbres, les fleurs. La navette arrive, la mer est calme. Pas de nostalgie. Venise s’éloigne. De nouveau, le ballet des vaporettos. Capuccino à l’aéroport. Embarquement. Venise en hauteur, une île bâtie de toutes parts. J’admire la mer des nuages, le bleu limpide du ciel et l’horizon infini. Au loin, coucher du soleil sur le Mont Blanc. Paris de nuit, celle qui devient ma ville. La faune du RER, des langues diverses parlées. Une toute jeune fille converse sur son portable, et pleure. Changement de RER, j’arrive à ma station, encore un kilomètre de marche, et je suis chez moi. Acheter un appareil photo. Pour agrémenter mes flâneries. Aller à Londres, New York. Vivre !

Venise, Chroniques

Voir les commentaires

Repost 0

Publié le 23 Septembre 2013

Repost 0

Publié le 23 Septembre 2013

Dimanche 24 mars

Dimanche, des Rameaux. Il fait froid, il vente et la pluie tombe. Temps hivernal. Des habitants sillonnent les rues, chantant, des rameaux d’olivier dans les mains et paniers. Les cloches carillonnent. Je marche pour me réchauffer, au hasard, bien que voulant me diriger vers le pont Rialto, pour aller vers le pont de la Scalzi. Puis vers la piazza le Roma pour revenir par San Marco. Un grand tour, et je me perds vers la foundamente nuave. M’arrête enfin sous le pont Rialto. Prendre un capuccino, des forces et de la chaleur avant de retourner à mes déambulations. 13h, je rentre dans un restaurant, en fond de salle il fait enfin bon, ambiance chaleureuse des restaurateurs. Je choisis un plat de poisson, avec un verre de vin rouge. Cela devient une habitude semblerait-il… Le vin est bon, fort en bouche, et me revigore. Cela doit être l’influence italienne. J’envoie un SMS à Christine, je pense à elle, Venise lui ressemble et je me sens proche d’elle dans cette ville. Elle est du comté vénitien. François s’impose aussi à ma pensée. Sarde d’origine, l’Italie dans le sang et le cœur. Le sens du design, de l’élégance. Ici, des magasins avec des chaussures à succomber de tentation. Féminité, féminité, là tu t’exprimes, explose de sensualité. Je rentre à l’hôtel après plus de 5 heures d’errance. Un bon bol d’air, frais. Mon genou se fait à la mobilité, la marche fait du bien à ma jambe. Demain, le temps devrait être meilleur, du soleil l’après-midi me dit l’hôtelier. Une douche brulante en arrivant dans la chambre. Je descendrai prendre un thé, ou un capuccino, plus tard.

Lundi 25 mars

Il pleut, il grêle, il neige, l’humidité transperce mes os. Je désirais du soleil, de la chaleur, le premier jour a tenu les promesses du désir. Je me calfeutre dans un restaurant après avoir encore tourné en rond pendant une heure dans les ruelles. Un barre de loup grillé, du poisson encore, avec un vin rouge qui lui n’est malheureusement pas d’un grand cru, et que je délaisse dans sa bouteille. Sortir à nouveau après cette pause et affronter le temps. Vouloir rejoindre l’hôtel et se perdre encore entre la place St Marc et le pont Rialto. Je me lasse de ce temps et des canaux. Venise peut-elle se recevoir sans le soleil ? Vendredi fût un jour de chance, je fus accueillie selon mes espérances. Le WE perd de son charme et se termine heureusement demain. Je ne suis pas faite pour le tourisme. Sensualité, un jeu ? Venise en est la promesse, un présage ? Le charme opère malgré les intempéries. Par ses habitants, le ton chantant de leur voix, la légèreté de leur mouvement, la vivacité de leur regard, un rien dans la démarche qui laisse entrevoir la finesse, la subtilité d’un érotisme, douceur, rondeur. Courbes des hanches des femmes, chevelures ondulantes soigneusement coiffées, étoffes aux couleurs luxuriantes, étoles et carpes à la fluidité envoutante. Luxuriance, luxe, luxure. Frontières fragiles, qui demandent de l’élégance. Venise, ce mythe. Dans l’imaginaire, un monde de courtisanes et de Casanova.

Venise, Chroniques

Voir les commentaires

Repost 0

Publié le 22 Septembre 2013

Samedi 23 mars

J’étouffe dans ma chambre étriquée d’hôtel. J’étouffe dans les ruelles de Venise. Besoin de perspectives. Je sors et déambule dans les rues, cherchant le large de la mer. Je marche en sentant le vent dans mes cheveux, sur ma peau. La mer et son odeur, ses vagues. Le va et vient inlassable des bateaux, transportant les touristes, les ambulanzia, les transporteurs de vivre et de biens, les gendarmi. Un monde de vie entre le continent et les iles.

Troncs morts fichés dans la mer, des triades qui se soutiennent et indiquent la route à suivre. Le grand canal, avenue de Venizia, une artère et un poumon. Palais immémoriaux, pontons et estrades, temps couvert, douceur du vivre, apaisement des clapotis.

Restaurant où j’ai dégusté des pâtes, des gnocchi à la vénitienne avec un verre de vin rouge corsé. Couple d’une napolitaine et d’un marocain, atterri à Venise après avoir parcouru d’autres pays méditerranéens. Surprise du serveur de mon choix, simple, sans viande ni poisson. Bienveillance du patron, digestif offert.

Comment font-ils pour tous circuler sur le grand canal, les gondoles, vaporettos, bateaux. Et pour attendre, dans l’humidité d’un temps nuageux. Comment font-ils pour si bien reconnaitre notre nationalité. Décidément, les gondoles et leurs fiers gondoliers sont un spectacle enchanteur. Ils glissent avec pour seul bruit le clapotis de la rame sur l’eau.

Les sons de la langue italienne sonnent comme des trilles. Les moteurs bruissent comme des ronds dans l’eau. Des coups de marteaux sur du fer résonnent au loin. Redécouvre là la musicalité de la ville, son calme malgré son grouillement. L’eau amortie.

Un Italien. Un vénitien, cet opticien qui m’a gracieusement fait le point sur ma vue. Un homme de charme, qui m’a touchée. Enfin un. Je ne croyais plus pouvoir être séduite. Emotion éphémère. J’aime me ressentir étrangère en un pays. Je deviens citoyenne du monde. Tout se vit comme essentiel, de l’ordre de l’immédiateté. Je fais comme si j’étais muette, sans paroles. Assise au bord du grand canal, à la terrasse d’un restaurant, les passants passent, d’autres s ‘attablent, des regards complices s’échangent avec des femmes. Même sensation que lors de mon voyage à vélo sur la route de la soie. Une femme indienne (Pakistanaise, Iranienne…) berce son enfant au creux de ses bras. Il a moins d’un an, et ouvre de grands yeux sur le monde, sans rien voir, apparemment. Un couple de français attablé non loin, jeune, distance et proximité entre eux. Des oiseaux sifflent au loin, entre deux allez retour de bateaux. Le ballet incessant se poursuit, les serveurs s’affablent. La nuit vient doucement, des lumières scintillent, les fenêtres des palais restent aveugles. Enfilade de palais ocres, terre de sienne, beiges, aux volets verts sapins ou marrons. L’Italie s’exprime. Colonnades au rez-de-chaussée et premier étage.

Voir les commentaires

Repost 0

Publié le 22 Septembre 2013

Venise, Chroniques

Les gondoliers et les gondoles. Les vaporettos, taxis d’eau. Les touristes et mille langues parlées. Les Vénitiens, commerçants, hôteliers, restaurateurs et tous leurs corps de métiers, les artisans d’art, et les autres. Des mondes qui se côtoient, se croisent, se frôlent, se regardent, sans jamais se rencontrer. Des lieux d’un fourmillement bruissant d’humanité, et des lieux de calme et de paix à la fréquentation intimiste. Venise s’expose, Venise se cache. Une explosion de beauté, palais aux façades refaites, maisons abimées par le temps et les eaux. Atmosphère vivifiante, le soleil explose de ses mille feux, timides rayons réchauffant les os épuisés par un long hiver. Venise, ciel bleu limpide éternel, eau grise mouvante. Venise, façades ocre, rouge carmin, terre de sienne, couleur de pierre, fenêtres allongées, étroites, ceinturées d’exquises colonnes et d’arabesques en leur sommet. Gondoliers, dressés, dominants, debout sur leur arche, un mouvement du corps en avant les bras tendus sur leur rame, ramener le poids de l’eau par un basculement de tout l’être vers l’arrière. La jambe gauche se lance de côté écartant les obstacles des pontons, des murs, des bateaux, des troncs. Danse des jambes, expertise des bras et des mains dans le maniement de la rame. Force et délicatesse. Ils se hèlent, discutent de l’un à l’autre lors de leur croisement. Domine leur marchandise, touristes assis dans le ventre de la gondole. Les vaporettos s’interpellent, se taquinent ou dorment dans l’attente du client, qui s’assoit à sa venue au creux du taxi d’eau. Vitesse et stabilité de l’un, lenteur et mouvement de l’autre, finesse et grâce des deux. J’aime, me sens revivre. Eau et neige, au loin. Mélange des tons chauds et froids. Venise se parcourant si vite sur son lopin de terre, et si grande, grandiose avec sa ceinture de mer et de ciel. Flamboyance et discrétion. Mondanité, masques et secrets calfeutrés. Mascarade et vie au plus intime. Je vibre. Un monde d’arche, de courbes, de sinuosité, d’évidence.

Voir les commentaires

Repost 0