Publié le 27 Octobre 2013

Une femme

Une femme hagarde, maigre, au regard livide, dans le Tarshill.

Elle n’en peut plus. Elle marche depuis plusieurs jours sur une route poussiéreuse, défoncée. Elle voudrait tout abandonner, juste se coucher au bord. Son sari est trempé de sueur. La chaleur est extrême et étouffante. Ses bronches sont sur le point d’exploser. Elle tient à peine debout, ses pieds s’entremêlent. Elle peine à porter sa jarre d’eau qu’elle tient fiévreusement sur sa tête. Et pourquoi ne pas la laisser là, elle viendrait la chercher plus tard ? Mais si elle trouve enfin de l’eau, elle serait bien embêtée de ne pas l’avoir avec elle. Et pourquoi d’ailleurs continue-t-elle à chercher ?

Elle est épuisée. Elle vacille, à peine. Les villageois lui ont dit : nous comptons sur toi, tu connais la route. Mais la route n’existe plus ; personne ne l’a entretenue. Les hommes du village n’ont pas voulu de l’aide humanitaire qui voulait la rendre carrossable. Et elle porte cette jarre, qui pèse à cet instant si lourd, si lourd, pour quelques gouttes de l’eau du fleuve, qu’elle ne trouve plus.

Elle est à l’extrême de ses forces. Elle voudrait mourir, que prenne fin ce calvaire, enfin. Mais elle marche et cherche encore, pour ses enfants, pour sa sœur, pour son honneur, parce que c’est son devoir. Elle déposera sa jarre, pleine d’eau, aux pieds de ceux qui lui ont fait confiance. Elle tiendra, jusque- là. Mais elle désespère, elle ne sait plus où se trouve ni le fleuve, ni son village, sa mémoire se brouille. Elle pleure, saisie d’un sentiment d’une solitude infinie.

Ses forces l’abandonnent. Elle fléchit, son corps s’affaisse, son pied butte contre une touffe d’herbe. De l’herbe ! Enfin ! Espérance. Le fleuve est là, elle l’a retrouvé, elle peut se reposer, boire, enfin, boire à n’en peut pouvoir, avant de repartir vers son village. Mais en aura-t-elle la force ? Elle mettra ses pieds dans les traces de ses pas, en priant Dieu que le vent en ait laissé quelques marques, en priant pour que les jours deviennent quelques heures grâce à ses énergies renouvelées.

Son corps décharné ne tient plus debout. Au bout d’elle-même. Elle dépose enfin une jarre d’eau fraiche aux pieds de ses enfants. Avec la hantise du prochain départ. Elle ne pourra pas refaire ce chemin, seule. Elle sait maintenant que la mort l’attend. Mais, demain, après-demain, elle repartira, en exhortant le ciel pour que la pluie vienne entre temps. Elle se demande, en silence, en osant à peine se l’avouer : irait-elle à la ville avec ses enfants ?

Et comme tous les jours, malgré le temps passé, malgré son épuisement, elle marche le long de cette route qu’elle a fini par connaitre par cœur. Les gens d’ici l’appellent une route, mais c’est un sentier poussiéreux et sinueux et étroit. Elle peine particulièrement aujourd’hui à l’arpenter. Sa respiration est devenue rauque, son grand âge l’empêche dorénavant de monter les côtes avec l’aisance de sa jeunesse. Elle est pensive. Des étrangers sont venus, et on parle dans le village de creuser un puits.

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Publié le 13 Octobre 2013

Perspectives...

La rondeur d’une colline, de deux, de trois, d’une enfilade de collines, dénudées. Une terre brune, aride, à peine entrevue, de ci, de là, entre des pierres sèches, blanches. Traits glorieux des cyprès, par ci, par là. Eblouissement d’un air alourdi de soleil, au beau milieu d’une après-midi. Les cigales elles-mêmes se taisent. Poids du temps qui passe. Douceur qui embrasse. Ouverture de l’espace par cette faille entrouverte, là, en ce creux où scintille le filet d’une eau tardive. Rayures bigarrées des lavandes qui s’épanouissent, ici, au-dessus d’une ligne d’horizon fuyante. Et tracent leur sillage odorant dans ce paysage couleur de sienne. Courbes maternelles, qu’une charrue déchire. Passages lents, réguliers, d’un cheval de trait, pas altier de l’homme à sa tête. Sueur des corps mêlés, par l’un, à la robe noire, par l’autre, au torse si étrangement nacré. Intense vibration de l’atmosphère. Basculement dans une pure extase des sens. La tête tourne, le corps s’allège, le cœur se dilate. Ivresse de l’instant.

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Publié le 5 Octobre 2013

Amitié.....

Le premier personnage

Rappelle-toi, nous allions faire notre jogging tous les samedis matin avec Christine. Et nous n’arrêtions pas de parler tout en courant. Une manière de rythmer nos pas sur notre souffle. Rappelle-toi comme ces moments nous furent précieux. Un temps d’échange, un temps de répit dans la semaine si chargée, un temps de relâchement. Rappelle-toi, cela nous a permis de dire nos émotions, nos colères et nos peurs, nos incompréhensions, nos espérances, nos envies. Si si rappelle-toi : chacune à son tour, nous en profitions pour faire le point de la semaine passée, des événements survenus, des questions restant à débattre. C’est là que je vous ai annoncé mon projet de partir sur Paris. C’est là que j’ai débriefé avec vous de mon concours d’entrée et de mon entretien de recrutement. Vous ne compreniez pas, rappelle-toi, vous pensiez que je serai malheureuse dans cette entreprise, loin du midi, loin de vous, loin de nous. Et vous écoutiez mes arguments, et vous avez fini par accepter mon choix. Rappelle-toi. C’est là que Christine nous a annoncé son désir de reconversion professionnelle, tout en hésitant à quitter la RTM. Et tout en coulant nos pas les uns dans les autres, nous avons trouvé une solution. C’est là aussi que pour toi nous avons résolu ton passage du privé au public, des RH au domaine de la santé pour devenir psychologue clinicienne. Te rappelles-tu cette année-là ? Rappelles toi, tous les longs moments à dire nos vies, nos amours, nos enfants, nos maris, nos amants. Rappelle-toi, un jour nous sommes parties toutes les trois comme d’habitude, et nous nous sommes retrouvées près d’une bonne dizaine en bas de la pente, toute la rue nous avait rejoint. Joël fut le premier à nous emboiter le pas, suivi de Pierre et Pascale et d’un de leurs amis alors en vacances. L’autre Pascale, de passage dans le coin, est venue nous rejoindre avec son amant du moment. Une joyeuse troupe s’est égayée dans la forêt et nous avons tous pris ensuite le café chez Pascale. Suivi d’une séance de gymn pour les plus ardents d’entre nous, et d’un bon bain. Tu te souviens ? Mais si, rappelle-toi, je t’en conjure. Tu ne peux pas avoir oublié. Tu ne peux pas nous avoir enfoui dans ta mémoire. Tu ne peux pas avoir rayé de ta vie tous ces temps. C’était notre jeunesse, c’était le début de notre amitié, c’était nos vies de jeunes femmes, c’était l’enfance de nos enfants. Oui, le temps a passé, oui, nous ne sommes plus si jeunes, oui. Et oui, tu es là maintenant, allongée dans ce lit que tu ne peux plus quitter. Mais tu peux parler, si, tu le pourras. Mais tu peux te souvenir, oui, cela se fera. Mais tu peux vivre. Rappelle-toi qui nous étions alors. Les images te reviennent-elles, vois-tu ce ciel si bleu en hiver qu’il nous faisait courir allégrement. Vois-tu nos visages, souriants ou pleurants, rouges de l’effort fourni mais détendus. Vois-tu ces pins défiler, ce filet d’eau s’écouler, ces lumières se jouer des saisons. Te souviens-tu. Rappelle-toi. Pour nous. Rappelle-toi, ce rite des samedis nous avait même conduis à proposer un rallye d’équipe pour nos rencontres aux Fleury. Fin septembre. Et nous, nous l’avions gagné. Nous étions alors fortes de nous. Rappelle-toi.

Donner la parole au second personnage.

Je te vois. Tes lèvres bougent, j’entends des sons, des tintements……… Tu me parviens dans un brouillard…… Je sais que je disparais. Je sais que s’oublie ma vie, qu’elle s’efface…… comme une photo qui s’est trop longtemps exposée à la lumière……. J’ai brulé ma vie…... Que me dis-tu ? Tu m’apparais si bouleversée…… Tu veux me dire quelque chose, une urgence……. Je le sens, à l’intensité de ta présence……. J’entends ta voix, je capte tes yeux, je sens ton corps……… Je m’éveille à ton énergie qui dévaste mon sommeil………… Je devine ta proximité, ton intimité ……… Nous serions-nous connues ? D’autres temps, d’autres moments ?................ Je te regarde, de toute ma force, du plus profond de moi…….. Je veux te dire, je veux que tu m’entendes……….Oui, je sais, oui, je me souviens. Un peu……... Des odeurs,…..nos embrassades…. et la chaleur de nos peaux………. Etait-ce aujourd’hui, était-ce hier. Etait-ce plus loin dans le temps ?………… Tout me parait si égal…………….Plus de passé, plus de présent, plus de futur, un jour éternel………. C’est…… si reposant, si ……accueillant. Plus de souvenir, de désir, de projet…. Là, être là……………………..Que me veux-tu ?…….. Pourquoi ces immersions là où je ne peux plus aller…….Faire effort. Pourquoi donc ?…….. Mais tu insistes…….. Tu cherches le passage vers moi……. Je le ressens, si fort…….. Un courant d’amour me baigne……... J’aimerai te serrer dans mes bras. Je tente, je cherche, je m’efforce, ma volonté se révolte………… Et là,……. oui,…… est-ce une illusion ? Ma main a bougé, mes yeux ont cligné, un sourire sur mes lèvres……. Tu sembles soulagée……….. Que me dis-tu ?........ Reviendras-tu ?………. Je sors épuisée, de nos rencontres………. Epuisée d’émotions, de ton insistance…….. Tes visites tracent……….. Un fil rouge dans une vie immobile………… Parfois, tu restes là, silencieuse, près de moi……. Me touchant délicatement la main. …….. Effleurant mes bras et mes jambes……... J’aime ces moments……….. Ils me procurent une douceur…… Me font savourer mon épuisement……….. Reviendras-tu ?......... Dis, reviendras-tu.

Donner la parole au personnage ou à l’objet dont il a été question entre ces deux personnages

Je suis le vent, je suis la mer, je suis un souffle, un bruissement qui vient dans un silence. Je suis un murmure, un chuchotement de l’âme. Nul ne m’attrape, je m’échappe, je vole, je survole. Je suis là, entre vous, là où se trouve l’amitié, là où se vit la passion, là où brûlent la tendresse, les sentiments qui bouleversent les cœurs. Je suis celui qui englobe, vous enveloppe, vous porte et emporte. Je viens avec les douleurs de la vie. Vous m’appelez, du fond de vous, ardemment, vous que les émotions submergent. Vous riez, vous pleurez, vous souriez, vous grimacez, parfois, vous criez du fond de la noirceur de votre âme. Je suis votre issue extrême, je suis celui qui vous fait plier dans la solitude, celui qui vous élève dans l’absurde pour dire votre parole. Je vous arme de patience et de compassion. Je suis là, dans ce moi que nul ne peut voir. Je vous entends, je vous écoute, je vous sens. Aujourd’hui, vous m’aviez convoqué, je suis venu, j’étais avec vous et mon cœur s’est réchauffé à vos mots, à votre quête. Vous vous êtes apaisé, vous, l’une veillant, l’autre s’éveillant.

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Publié le 1 Octobre 2013

Explosion d’applaudissements. Il fait nuit, une foule s’écoule hors les murs. S’éloignant d’une autre qui s’active. Celle qui avant que le premier signe du chef ne s’élève sous la voute enchantée, avant que le premier son ne sorte des instruments de l’orchestre, avant que les spectateurs ne prennent leur place, avant que résonnent les trois coups et apparaissent les artistes, celle qui œuvre, multitude de corps de métiers symphoniques. Eux, les techniciens du son et lumière, régisseur, décorateur, costumière, habilleur, maquilleur, administrateur, scripteur, communiquant, attaché de presse, secrétaire, mécène, techniciens de surface, tous jouant leur partition bien huilée, tous de l’autre scène. Assumant mille aléas pour que le spectacle soit. Ils connaissent toutes les habitudes des artistes, ceux du devant de la scène, ceux qui s’exposent. Leurs maux, leurs angoisses, leurs caprices, leurs croyances, leurs fétichismes, leurs besoins. Tout faire pour que le rideau se lève. L’un voudra ses roses rouges une minute avant, un autre son verre de vin, bien frappé, une autre se ventile avec frénésie, d’autres conversent le verbe trop haut, des disputes éclatent, les uns et les unes s’époumonent pour chauffer leur voix, d’autres pour se dégriser, et d’autres pour dégripper leurs instruments. Ceux-ci critiquent leur tenue, la trouvant trop étroite, ou pas suffisamment apprêtée, ou pas adaptée à la scène, ou quoi d’autres encore. Remplacer au pied levé un flutiste, une corde de violoncelle, la cantatrice. Trouver les partitions, égarées lors du dernier changement. Une poursuite vient d’exploser en plein vol avant de tomber sur le sol, mal harnachée. La remplacer, vite, mine de rien. Jour après jour, même bruissement, même chorégraphie. Jusqu’au moment magique où le silence fuse, temps suspendu : le rideau se lève. Le peuple de l’arrière scène lui continue son activité de fourmilière. Par eux la limpidité du son, le ballet des lumières, le changement des décors, la transformation des maquillages et costumes, les doublures de texte. Par eux la féerie d’un temps qui n’est pas. On les presse, ne leur laissant aucun répit. Qui sont-ils? Un nom sur une affiche, un nom dans un générique qui s’étire.

Envers du décor

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