Publié le 31 Décembre 2013

Venise (Nadia Cascini)

Les gondoliers et les gondoles. Les vaporettos, taxis d’eau. Les touristes et mille langues parlées. Les Vénitiens, commerçants, hôteliers, restaurateurs et tous leurs corps de métiers, les artisans d’art, et les autres. Des mondes qui se côtoient, se croisent, se frôlent, se regardent, sans jamais se rencontrer. Des lieux d’un fourmillement bruissant d’humanité, et des lieux de calme et de paix à la fréquentation intimiste. Venise s’expose, Venise se cache. Une explosion de beauté, palais aux façades refaites, maisons abimées par le temps et les eaux. Atmosphère vivifiante, le soleil explose de ses mille feux, timides rayons réchauffant les os épuisés par un long hiver. Venise, ciel bleu limpide éternel, eau grise mouvante. Venise, façades ocre, rouge carmin, terre de sienne, couleur de pierre, fenêtres allongées, étroites, ceinturées d’exquises colonnes et d’arabesques en leur sommet.

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Publié le 26 Décembre 2013

Amour d'un jour?

Mamour, celui qui m’écrit « Paris, ma chambre. De la fenêtre on voit le haut de la tour Eiffel. Elle scintille toutes les heures pendant cinq minutes, toutes les heures à l’heure, jusqu’à une heure, pendant cinq minutes. »

Mamour, de Mon et Amour.

Mamour, tu me redonnes le gout, l’envie d’aimer

Mamour, ce doux nom pour t’appeler. En secret. La nuit. Le jour.

Mamour, mon amour caché. Que nul de mes amis ne connait.

Mamour, celui que je ne connais pas, si « pas encore ».

Et qui me rend si femme…

Ballade hier avec mes amis à Veulettes sur le front de mer. Bière normande. Echange de regards et de mots, se dire, de tout et de rien. Le plaisir de ne pas avoir à tenir « conversation ». Mamour, je le tiens de toi, de nous.

Veulettes, une bourgade d’une seule rue, longeant le front de mer, d’à peine 1 km. Des terrasses de café tout le long. Le regard se perd dans l’infini de la mer. Jeu des couleurs, le ciel se mire dans l’eau, selon son humeur. Gris sombre, bleu azur, bleu tendre, vert pastel, tache sombre des algues. Plage de galet. La mer est haute, envahit la jetée. Matinée de lecture ce matin. Hier, Fécamp, avec ce jeune couple si charmant. Marche au bord de l’eau. Le doux ressac des vagues, une mer étale, odeur iodée, vent dans le visage, lumière dans les yeux.

Mamour, tu me manques, je le dis là à mon PC. Peu de moment ensemble. Attente, l’attente de ceux qui espèrent parce qu’ils aiment. Désir de le voir, crainte de le rencontrer. Fuite en avant sur une plage au loin de lui. Puis impulsion, changement, je bifurque vers son lieu de baignade. Une anse, en contrebas d’une route. Les vagues, au loin, la marée est basse. Où est-il ? Je me baigne, l’eau est fraiche. Je nage et le vois. En dos crawlé et en crawl, des allez retour sur la longueur. Un ensemble noir, haut et bas. Il est beau. Le visage sculptural tendu vers le soleil, l’eau luisant sur sa peau. Je l’appelle, une fois, deux fois. Il lève la tête. Regarde au loin. Je lui suis transparente. Un avion passe. Il tourne son visage au ciel, reprend sa nage. Je nage alentours. Un temps. Retourne sur la plage. Il émerge enfin, magnifique, un viking, épuisé.…. Jeux sur la plage avec ses enfants, lecture. Je reste éloignée. Il me demandera plus tard, pourquoi ne pas l’avoir abordé…. Il ne m’a ni vu, ni entendu, nageant la tête dans l’eau… Mamour, silence et patience. Je pense à toi….

Sur la plage de Carteret cet après-midi. Un couple avec leur jeune enfant, une fille. Beauté de la mère, délicatesse de son geste, la tête posée contre le corps de sa fille, toute en douceur et profondeur de contact. En écoute. De tout son être. De toute son âme. Les prendre en photo ? Trop d’indiscrétion pour ce moment si intime, je n’ai pas de zoom. Attention active du père à sa fille. Equilibre familial, harmonie. Une confiance.

Aujourd’hui, ile de Jersey, une atmosphère so British. Tout me parait désuet, dérisoire, excepté ce que je ressens pour Mamour. Toujours la même histoire…. Tout, non. Gestes de tendresses d’une mère pour son enfant, présence vigilante d’un père pour sa fille. Les nouveaux pères sont-ils là ? Le bateau lors de la traversée en est plein… Quelle infinie patience que d’être là pour ses enfants…. ! Les anglo-saxons ont ce brin de folie qui me libère. Et ce rien d’organisation qui rassure. Jersey, une des iles anglo-normandes. Longue marche sur le front de mer. Marée basse, mer bleue au loin, très loin. Ciel azur, soutenue, pas un nuage. Retour par la plage. Très saxonne cette ile anglo-normande. Je retrouve ce sentiment de liberté ressenti à Edinbourg. Un rien d’extravagance, un rien d’organisation… Des envies d’habillement un soupçon sexy et si féminin ! Jeûne toute la journée, cela s’est présenté ainsi.

RDV Dimanche avec Mamour…. Etre dans l’écoute. Suis dans la crainte. Cela m’aurait été plus simple de n’avoir aucune nouvelle. Et triste. Schéma qui m’est habituel… Il sera avec ses enfants… Laisser venir…

Reville en fin d’après-midi aujourd’hui. La marée est au plus bas. Longue plage de sable. Mer douce, calme. Je nage avec délectation, retrouve un peu la souplesse de ma jambe et de mon genou. Ai pris quelques photos, du phare et du ciel. Et une chaise de bistrot, vide, seule, dans l’attente, face à une petite table ronde, dos à la mer et à la vue. Que j’envoie à Mamour. Espérer, esperare en espagnol : un même mot pour attendre et espérer. Croire en la promesse… croire qu’elle est là, présente, ici et maintenant. Silence, silence, quand tu nous tiens…

Que dire de cette soirée Dimanche : amusante, charmante, désarmante, tristesse. Captation de ses enfants pendant toute la soirée, effacement de Mamour. Je retrouve Doriane dans sa plus jeune fille : même génération du portable, de l’image, des réseaux sociaux. Même jeu de sociabilité et un rien de l’innocence de l’enfance. Besoin d’avoir une soirée à nous. De se parler. Et besoin de moments comme ceux de ce soir, un presque rien. Ils étaient au débarcadère des Iles de Jerse. Ils sont partis avant l’arrivée de la navette.

Lundi. Une grande fatigue morale et émotionnelle s’abat sur moi. La vie a de nouveau perdue de sa saveur. Je suis émue, amoureuse et dubitative. Je doute, je pleure. Je me sens impuissante. J’espère, j’aspire, je rêve. Désespérance. Je désire Mamour, j’en défaille. J’en perds patience. Je ne reconnais pas là le visage de l’amour. Vadrouille du côté du Nez de Jobourg, baignade dans une anse spacieuse, mer et ciel bleus, blondeur mouillée du sable. Escapade vers Vauville, bruyère passée mais laissant encore des touches de mauve çà et là. Un couple sur la plage : longue accolade. Du plaisir de se revoir ? Je nage, cela me délasse et me lave de mes émotions trop vives, à fleur de peau. Tristesse, la joie est partie depuis quelque temps. Je suis sans force, dans une faiblesse. Une faille béante, purulente. Je suinte de mes maux et douleurs. Toutes morales et affectives. Sans force, dans le désir, comme une obsession. Une sensation de déchirure, de vertige. Une fulgurante alternance d’un étouffement du cœur et son expansion. J’ai mal de ne pas être près de Mamour, de ne pouvoir l’envelopper de tendresse.

Longue station sur la plage de Carteret, immobile à contempler la course du soleil, à écouter le vent, la mer, la terre et ce qu’ils me disent de leurs temps immémoriaux, à entendre le bruissement des gens et de leur monde…. Détente devant l’immensité de cette plage à marée basse. Et silence le soir devant la flamboyance d’un coucher de soleil au Sémaphore, sur les hauteurs. St Vaast et l’Ile de Tatihou un autre jour. Luxuriance des jardins botaniques, contrastes face aux dunes et espaces d’herbacées. Mer et ciel bleus profonds. Baignade en fin d’après-midi un peu après Réville. L’eau est douce à cette heure tardive, je nage au milieu d’un ban de mouettes…. Je me re-possède avec l’éloignement de Mamour. Tranquillité factice, elle s’évanouie avec l’arrivée des tourments amoureux… Mamour me met « en travail », le jeu de l’amour. Mamour me manque, l’envie de sa peau, de son odeur et saveur, désir de lui parler, d’être en sa présence, de le toucher, l’effleurer, rire avec lui. Vivre la rencontre comme si elle était une éternelle première fois, et un dernier instant, ultime.

Repos vendredi, sommeil et lecture. J’ai peur, de son silence, de son éloignement. Patience patience. Retour à Carteret, sur cette plage si longue, si calme aux couchers de soleil si majestueux. Un bain m’a délassée. J’aime me laisser couler dans les vagues, être enveloppée et ballotée, je nage avec onctuosité. Sentir la présence de l’eau, sa consistance qui me porte et allège le poids de mon corps. J’aime m’appuyer sur elle et avancer en brasse coulée ou en crawl. La soirée est belle, claire. Je suis restée un moment sur la terrasse du café, à écouter les vagues, regarder le ciel couchant, à observer les habitués du café, bourgeoisie bien-pensante, aux signes subtils d’une caste non-dite. Un regard, une attitude de la tête, un bronzage marqué, des chaussures ou lunettes décontractés de marques, un attablement de longues connaissances, une tonalité haute de la voix, habits uniformes de toutes les nuances de bleus. Des promeneurs improbables se perdent dans cette masse.

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Publié le 14 Décembre 2013

Rêves dites-vous?

Des feuilles, des tonnes et des milliards de feuilles submergent la scène. Scènes sombres, atmosphères lourdes et épaisses. Feuilles blanches avec son angoisse du pas encore, feuilles noircies à l’encre d’âmes troublées, feuilles raturées des mille ratées d’une vie, feuilles légères pour des passées si lourds, feuilles mortes, aux couleurs de feu. Tournent et tourbillonnent dans une nuit d’un noir d’encre. S’accumulent, envahissent la psyché du dormeur éveillé. Une pensée lancinante, il fallait se souvenir, il fallait peupler ses nuits des obsessions du jour. Des femmes, belles, avenantes, hystériques, viennent à habiter son univers nocturne. Elles parlent, fort, longuement, un flot de verbiages. Le séduisent, se querellent, l’invectivent, le troublent. Sensation exaltante, excitante, du pouvoir. Des images ressurgissent, ancestrales. Loups, ogres, princesses enfermées, carte du tendre, forêts funestes, mers déchainées, démons et monstres, voyages initiatiques. Soudainement Œdipe s’impose et s’expose à la sagacité du rêveur. Il l’accompagne dans des coulisses qu’il arpente inlassablement de longs jours et lors de nuits interminables. Il se perd dans les temps, se retrouve sous des projecteurs, lumières éblouissantes, et se met à parler, lui, à tenir conférences. Cours magistraux pour un public sous le charme, fasciné. Il est le maitre, celui qui dit vérité. Et celui qui se querelle. Sensation de toute puissance. Il transpire, résiste, lutte dans sa nuit. Mille livres s’empilent sur lui, et s’écroulent avec force fracas sur une table fragile, qu’une lampe verte éclairait. Qui s’évanouit. Il se revit seul, traversant des champs sous un soleil de plomb, dans un abandon, hagard, cheveux défaits, mine grise. Sous le couperet d’une mort annoncée. L’oublie le fustige. Une feuille, encore elle, s’échappe, se pose sur sa joue, feuille blafarde. Et l’enveloppe comme un linceul.

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