Publié le 20 Avril 2014

Inspiration

Par où commencer. La table est hexagonale, elles sont huit, à faire leur gamme d’écriture, avec sérieux et concentration. Toutes auraient elles trouvé l’inspiration. La 9eme, notre animatrice, elle, est debout, elle seule s’active. Elle dispose des photos d’un photographe, un artiste, dans un classeur, les regarde, les classe, les range dans leur film transparent. C’est une tâche qu’elle fait avec attention, avec toute son âme, comme si cette activité était la seule urgence du moment. Elle ferme le classeur des photos, va vers une armoire, l’ouvre avec précaution pour ne pas troubler notre silence, pousse le classeur dans sa loge, prend un petit paquet d’enveloppe, en déchire le film de protection, puis referme délicatement les portes de l’armoire, s’installe à sa chaise, et ouvre son cahier, sur lequel elle trace des lignes, rouges. La seule à aller droit au but. La seule. Je regarde autour de moi. L’une s’est arrêtée dans son élan, elle regarde sa feuille, d’une manière dubitative. Une autre se gratte la tête, fait la moue, se triture la bouche. Et une autre encore, regarde comme moi par en dessous, tâtonnant son stylo, gribouillant un mot, une phrase, s’interrompant, puis repartant. Seraient-elles elles aussi dans l’attente, d’elle, Elle, qui se fait désirer. De nouveau, notre animatrice s’est levée, poursuivant son ouvrage de classement entre son sac et l’armoire. Les seuls bruissements viennent d’elle, là, juste à côté, une vie venant comme une intruse dans notre quête d’écriture. Je suis là, j’observe, j’espère, comme une larve déposée sur le sable, qu’un signe se fasse. Du thé circule, comme un écho entre nous. Oserai-je parler d’une autre attente, d’un autre jour. Silence. Poids du passé. Bruit des mâchoires qui croquent un biscuit. Tic tac du réveil, clic d’une assiette tirée vers soi, suintement des pages qui se tournent, choc d’un verre qui se pose sur la table après en avoir bu une gorgée de son liquide précieux, cliquetis des bracelets contre le formica alors que la main écrit sur le papier… Tout m’est prétexte à éviter l’inéluctable. Je me lève, vais vers la théière, me verse de longue rasade dans le verre, et me délecte de ce liquide. Toujours, retarder le moment. Et si c’était la fin de cette séance vers laquelle je me projette, avec une boule au fond du ventre. Notre animatrice s’active à nouveau, encore ce bruissement des feuilles en plastique dans lesquelles se glissent les photocopies des textes qu’elle prépare. Ronflement de la photocopieuse, musique de fin de passage. Décidément, rien ne me vient. Je décide de me mettre en mode veille, pour qu’elle advienne, enfin, l’idée. Un jour, un soir peut être, demain, dans la semaine, dans le mois à venir. Une autre histoire s’imposera, que je pourrai dérouler. L’émoi est là, j’hésite encore, je sens qu’un chemin s’ouvre. J’attends

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Rédigé par Mireille Cholley

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