Publié le 21 Juin 2015

Allez-retour

TGV Paris Aix en Provence. Le voyage me va bien. La diversité des personnes, la variété des lieux, le roulis du train et son rythme régulier, une pulsation de vie, un mouvement permanent, stimulant l’esprit. Des regards complices, des rencontres improbables nulle part ailleurs. Est-ce ce mouvement qui pousse à une quête sensuelle incessante ? Le goût des autres. La soif de l’autre. Le train me berce. Beaucoup d’enfants en bas âge, portés par leur père, qui prennent soin d’eux. A côté de moi, un couple de personnes âgées (mais qu’est-ce que cela signifie, bientôt dans 3 semaines je serai dans la catégorie des séniors moi aussi) qui prennent connaissance de titres de propriétés de leur grand oncle. Un travail de déchiffrage pour mieux comprendre l’histoire familiale. De l’autre côté de la travée, deux jeunes hommes, l’un plongé dans la lecture d’un roman, l’autre d’un journal qui titre « Sommes-nous tous fous ». Vaste projet. Au bar, une animation « artistique ». J’ai coupé au cutter un grand triangle, qui deviendra un triangle parmi d’autres pour une sculpture monumentale le 23 mai à la Belle de Mai à l’occasion des manifestations de Marseille capitale Méditerranéenne 2013. Des petits riens pour un trajet des plus banals. Une mère avec son fils et sa fille répond aux questions de ses enfants : des « essentiels » sur la vie, le couple, la civilité des gens. Un des jeunes hommes reçoit un SMS qui semble lui faire plaisir, enfin un sourire sur son visage si sévère. Les enfants chantent les 2 sœurs jumelles. Presque un de ces trains indiens, avec tout ce passage des passagers pour aller au coin bar vers ce divertissement artistique. Je suis dans un wagon IDzap. Sympa. Je tends au jeune homme (ils le seront bientôt tous !) une carte de visite qui est tombée d’un carnet tiré de sa poche. Le temps se gâte au fur et à mesure que nous approchons d’Avignon. Encore une heure de voyage, quel climat vais-je trouver ? Nous devrions être à Aix dans une heure. La brume se lève, les cyprès se dressent dans le paysage. Les mas s’abaissent et s’allongent. Les haies tracent leurs droites lignes, protection contre le mistral. Avignon s’approche. Un fantasme de train : croiser le regard d’un homme, sentir le désir, s’offrir un café, et se revoir « sur terre » après échange de sourires et d’idées au long du voyage. Vous ponctuez mon parcours d’envie. Un homme de grand âge reçoit un appel. Il parle fort, il n’entend pas bien. Sa voix résonne la générosité du cœur. Avignon, les uns descendent, d’autres montent, moindre flux. Le soleil et le bleu du ciel sont au rendez-vous. Les enfants commencent à s’exciter, 3 heures de voyage, c’est trop pour eux. Ils font de la gymnastique dans le couloir. Nous arrivons gare d’Aix. Je vais à la rencontre de Christine prise dans un embouteillage sur la file de dépose rapide.

Je me ressource. Je réalise, Paris m’épuise. Ici, le soleil, la chaleur, la tendresse de l’amitié, un bain de nature, l’odeur des pins, du romarin, du thym, un environnement calme, des personnes avenantes, tranquilles dans ce village. Presque une semaine. Je ressens une vitalité profonde et ce lieu dynamise mon moral. Marseille est tourbillonnante de touristes. Aix aussi, j’y suis allée hier, pour des achats et billets de train, un CD, un appareil photo. Les places d’Aix n’ont pas changé. Marseille, elle, fait peau neuve, avec ses voies routières renouvelées, l’aménagement de la Belle de Mai et de la Joliette. La porte d’Aix se transforme. Je reviens d’une marche de ¾ d’heures en forêt de pins. Une chaque jour. Tout est paisible. Je goute chaque instant dans cette maison. Elle se trouve en contre bas au bout de la rue des Cigales, rue montante en direction du pic en arrière fond, rue où les habitants fêtent les anniversaires des taureaux, majoritaires, rue où les uns et les autres s’organisent pour conduire les enfants à l’école. 4000 m2 de terrain, une vue plongeante avec la Sainte Victoire en mire. Le soleil couchant la fait resplendir en soirée, moment où les grillons s’éveillent. Un mas typiquement méditerranéen, avec ses deux étages et le décrochement du toit, sa terrasse, ses tuiles, ses fenêtres ramassées aux volets bleus, son revêtement de pisé, son entrée sur l’arrière et les lieux de vie donnant sur le jardin. Les glycines sont en fleurs, elles tombent de la treille avec onctuosité. Il fait bon y vivre, je sens toutes leurs ondes de bonté et de paix, une vie ouverte sur le monde. J’aime cette chaleur, ce cœur qui est l’âme d’ici. Je me ressource, oh combien, oui.

Je retourne sur Paris. Le cœur se serre. Lumineuse était l’atmosphère ce matin aux Cigales. Un temps limpide, nettoyé par le mistral et une petite pluie cette nuit. Les couleurs sont des plus belles au printemps. Tout un dégradé de vert, du plus tendre au plus sombre, des pousses naissantes aux bois des plus durs et des plus persistants. Paris est le renoncement à cette nature. A la tendresse quotidienne. A l’amitié ? Non, elle se vit à distance. Je ne me suis jamais projetée dans une vie maritale, se donner un soutien mutuel. De fait, mes amours furent des besoins de tendresse, d’érotisme, de sexualité. Du compagnonnage plutôt que mariage. Le midi me fut explosion de sensualité. J’ai vu hier une propriété, une demeure comme une déchirure qui pourrait devenir un havre de bonheur, une réconciliation doit jouer ici sa partition. Une maison, comme une femme abandonnée qui s’est fanée avec le temps. La vie là a cessé, elle ne circule plus. Je me suis arrêtée à Aix. Un début de thème photographique autour de l’eau, des thermes et des fontaines. Du monde sur le cours Mirabeau, avec la foire des artisans. L’été approche, les touristes sont là, et les artistes et saltimbanques. En TGV, Avignon vient de passer, la grisaille arrive.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 13 Juin 2015

La réunion

C’était une réunion comme toutes les réunions. Orchestrée par elle, qui menait sa barque avec maestria. Une mise en scène dont elle était l’auteur, le scénariste, l’acteur, le metteur en scène. Tous ces personnages à la fois. Elle en jouissait, avec une presque indécence fleurissante à peine atténuée par une nécessaire pudeur que la situation rappelait à elle. Une remarque intéressée, un bruit de chaise, un regard un peu trop appuyé, un raclement de gorge, la circulation des tasses à café et de bouteilles d’eau, une pause imposée comme un entre-acte. Cette réunion se poursuivait donc comme toutes les autres, millimétrée. L’ennui saisissait tous les participants, du trop de « déjà vu déjà entendu déjà joué». Mais, ce jour-là, le piétinement des pieds se fit plus présent, les toussotements plus audibles, les déplacements plus fréquents. Un mouvement se mit à rythmer imperceptiblement les participants. Certains se mirent en tête de rompre le flot habituel des paroles et gestes. Les remarques se firent plus pressantes et plus insistantes, les regards plus vifs, les corps se dressèrent sur leurs chaises. Une autre partition s’imposait petit à petit, un jeu d’improvisation à la manière des « free jazz man ». Elle se mit à tapoter de plus en plus fréquemment sur son Ipode, avec une frénésie qui venait en contre point de celle des interruptions qui fusaient de la salle. Vint le moment où un des « spectateurs » tint la salle en haleine avec une longue réplique dont le point d’orgue fut une demande de pause, demande appuyée par le cœur de l’assemblée. Qui pris d’elle-même cette fabuleuse liberté. De tous les côtés du trop de trop fusât la rupture. Elle, en resta pantoise, sans voix, engluée sur sa chaise. A peine le temps de réagir avant le retour des uns et des autres, et de reprendre la direction des affaires. Mais plus personne dorénavant ne fut dupe. Et des ateliers vinrent agrémenter les réunions.

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Rédigé par Mireille Cholley

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