Publié le 28 Novembre 2015

Scéne de voyage 10

J’avais mis 2 mois à me préparer, pour rejoindre Gilles. Reprendre l’entrainement, pour faire le souffle, le cœur, les cuisses et les fesses. Acheter un vélo, et commander des roues spéciales, faire installer des pignons, des pneus larges. Coudre les sacoches, celles de l’arrière et celle du devant. Faire et suivre les traitements nécessités pour être protégé des maladies des pays traversés. Choisir les affaires et les vêtements à emporter, sachant que je ne trouverai pas lors de mon périple certains biens pourtant d’usage fréquent en France. Le moins lourd et encombrant possible, je n’aurai que 3 sacoches et un sac pour tout rassembler. Etre le moins visible possible, pour ne pas attirer les convoitises. Faire la demande des visas. S’occuper de mes lunettes, et organiser leur rechange au cas où. Démissionner de mon travail. Trouver un successeur pour mon domicile. Dénicher le système de voyage le moins couteux et le plus rapide pour la Turquie. Cela sera en bus, avec mon vélo dans la soute. Au jour J, je pars vers l’aventure tant espérée, le cœur serré et léger, insouciante mais consciente.

Après 2 jours de bus, Istambul et le Bosphore se profilent. Le bus s’arrête sur une place passante. L’angoisse me saisit. Et si Gilles n’était pas au rendez-vous. Je vois sa silhouette au loin, tout de bleu vêtu, pantalon et chemise. Le voyage lui réussit, il est épanoui et bronzé. Il nous faudra dans les jours qui viennent, réapprendre à faire route ensemble, à accorder nos rythmes. Atmosphère pesante du début. Allégement lorsque nous croisons un Australien, seul sur son vélo vers son pays. Nous roulerons ensemble une bonne partie de la Turquie.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 22 Novembre 2015

Scene de voyage 9

Une maison coloniale à l’extrême pointe sud de l’Inde, en-dessous de Madurai. Un havre de paix pour les corps et les cœurs de ses habitants. Un immense jardin intérieur, d’une étrange beauté, temps immémorial d’une époque révolue. C’est le refuge des lépreux, des parias. Des soins leur sont prodigués ici jour après jour, une fondation qui vit des dons humanitaires. Nous sommes des invités, étant des touristes d’un style peu habituel. J’étais épuisée, j’ai trouvé là un réconfort de l’âme. Mon voyage était arrivé à son terme. Je l’ai compris alors. Je ne voulais plus de ce voyeurisme impuissant. Mes adieux à l’orée du bus, en route vers Bombay, la dernière halte de mon périple. Gilles poursuit vers l’Indonésie.

Bombay, ville titanesque, ville moderne. Je suis hébergée dans un centre international. Un cinéaste cherche des figurants. Ce sera mon dernier rôle en Inde, demain je prends l’avion avec mon vélo. En route pour Paris.

Paris, la foule, de nouveau, le stress. Je suis déposée au milieu de nulle part comme une étrangère avec mon vélo en main. Le chauffeur du bus me sourit, je suis complétement décalée avec le temps d’ici. Je prends un repas frugal pour ici et copieux pour moi. Je roule en RER vers la gare de Lyon. Retour à Grenoble, la boucle est bouclée.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 7 Novembre 2015

Voyage de jeunesse 8

Nous roulons jusqu’aux frontières du Tibet sur des routes de poussière. Nous serons arrêtés au poste frontière, nous ne pourrons qu’imaginer cet au-delà. Un couple vient vers nous. Ce sont des occidentaux, des Suisses, ils font partis d’une ONG qui se charge de la construction des routes. Le principe est de former les populations Népali, et de passer la main avant de partir à des personnes ayant acquis la compétence voulue pour relayer leur travail. Nous restons avec eux avec un plaisir non dissimulé.

En route vers le Kyber Pass, passage obligé entre le Pakistan et l’inde. Une route interminable, faite de lacets sans fin pour franchir ce col à plus de 4000 m d’altitude. Nous sommes sur les plus petits pignons, notre vitesse est celle d’un homme à pied. Prendre son mal en patience, et roue contre roue, grimper la côte. Le paysage est grandiose, des champs cultivés par terrasse en font un paysage admirable, j’en prends plein les yeux, malgré ma respiration haletante. Nous nous faisons dépasser par une multitude d’attelages, des voitures fringantes, des bus sans âges, des charrettes tirées par des bœufs ou par des hommes, des piétons avec leur paquetage sur la tête. Je ne sais plus combien de temps nous avons mis : longtemps. Le col est enfin là. Des chiens nous agressent. Pas le temps d’admirer le point de vue. Nous prenons nos bâtons, enfourchons nos bicyclettes, et luttons pour sauvegarder nos chevilles. Nos coups finissent par les dissuader, nous descendons, toutes voilures en dehors, jusqu‘à la frontière. Des amis plus tard nous diront avoir été agressés sur cette route par des brigands, à coup de pierre.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 1 Novembre 2015

voyage de jeunesse 7

Nous nous faisons raser nos cheveux dans une échoppe, nous avons des poux. Sensation surprenante de voir la forme de son crâne et de sentir le vent sur la peau nue. Nous sommes raccordées au gens d’ici. Je me sens allégée.

Nord de l’inde, le Cachemire. Nous sommes les invités d’un oncle d’une amie de Grenoble. Il nous prend sous son aile. Nous y resterons près de 15 jours. Il nous initie à sa spiritualité. Repas frugal, soin corporel, exercices de yoga. Jusqu’au jour où nous refusons de chanter en plein vent au milieu de nul part. Jusqu’au jour où nous dinons de nos propres mets achetés dans une échoppe du coin, pour tromper la faim. Jusqu’au jour où d’autres invités nous distillent le doute. Nous décidons de partir, le cœur plein d’images les plus surprenantes les unes des autres. Nous avons rencontré des personnalités aux multiples facettes empruntes de spiritualité : des yogis, des mystiques, des anglophones en quêtes de religiosité, des chercheurs universitaires, des routards en transhumances dans la fraicheur des pays du Nord, fuyant les grandes chaleurs d’été avant de descendre vers Goa.Je garde une nostalgie de ce séjour, pour l'atmosphère des lieux et des personnes croisées, dans une quête dans toutes ses formes.

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Rédigé par Mireille Cholley

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