Publié le 29 Décembre 2015

Minuit 2, presque

Je t’aime, écrit-elle de mille manières. Elle le crie au vent. Nul pour lui répondre, même en échos. Ecrire, contre le silence, contre l’absence, contre l’oubli, contre toi. Ecrire, pour te dire, pour te célébrer, pour te faire exister, encore et encore. Dire le sublime d’une rencontre fugace. Ecrire cette histoire. En faire, une histoire.

Je te cherche, dans le vent, dans les vagues, dans l’écume d’une mer tourbillonnante, dans les grains de sable, dans les miroirs des flaques, dans une main qui s’ouvre, dans des bras qui s’offrent, dans la douceur d’une voix, dans l’impétuosité d’un geste, dans ces yeux à mille facettes d’un chat qui semble s’étonner, dans le vol des mouettes, cette aile qui s’élève et s’abaisse, dans la puissance des bras d’un homme qui rament, partout je te cherche. Même dans le plus sombre et lumineux de mes rêves.

Ombres et lumières. Est-elle sa part lumineuse, est-il sa part d’ombre. Sombre qui la rend si pleine de la vie ? Est-il sa part la plus vivante, humaine, faite du sordide et du splendide du vivre ici-bas ? La mer au loin, si loin cette fois-ci, revient, au galop. Elle aime cette vie-là, au rythme des marées et des jours. Plus rien à prouver, plus rien à dire et à faire. Etre là, juste là, laisser le temps s’écouler en elle, comme du miel dans ses veines. Sentir la vibration si fine du temps en elle, grandir, l’envahir, une jouissance du corps et de l’âme, hors du temps lui-même. Qu’est-ce qui le retient à elle ? Un gout de sel dans la bouche et sur la peau, un horizon dans la rade d’un port, un regard au loin, qui éloigne, s’éloigne d’ici. Sur la ligne d’horizon, des voiliers dansent avec les éléments sous ses yeux.

Les grandes marées. L’eau lèche le ponton, presque aucunes vagues. Un doux bruit de ressac. Odeur de sel mouillé. L’ile Jersey s’est éloignée, la courbe de la Terre se dessine. Rondeur de l'air. La Mer est grise, vert d’eau par endroit. Contraste d’avec les jours précédents, de tempêtes, d’odeurs d’iode et d’algues, florilège de tons de bleus et de verts et d’ocre et marron. Trouées de cailloux à marée basse. Aujourd’hui, tout est uniforme, Terre et Ciel unifiés. Passent les bateaux de pêche.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 23 Décembre 2015

Minuit 1

Minuit. Pile. 00 :00 sur l’écran lumineux de son portable. La mer gronde, il vente, il bruine dans ce pays où elle a échoué. Venue par hasard il y a 10 ans, revenue depuis chaque année pour des vacances d’été. Elle réitère son amour de ces longues plages de sables blonds, dénudées à marée basse, de ces côtes sauvages où un village vient se nicher dans les creux des tendres valleuses, de ces longs couchers de soleil au loin, ciel et mer flirtant dans une danse des sens, de toutes ces nuances de bleus, verts, gris, blancs qui se côtoient jour après jour, nuit après nuit, heure après heure. Amoureuse, elle le fut au premier instant, amoureuse elle le reste. Une épine en son cœur, un élan en son corps. Là, elle se sent, elle, elle devient, elle, plus d’interdits, plus de carcans, elle se libère d’elle-même. Au rythme du va et vient incessant des vagues et marées. Il fait froid, il fait humide, le soleil réchauffe à peine les corps les jours cléments. Mais elle aime ce pays, follement, infiniment, de toute son âme. Elle vibre, là, à cette peau dont elle connait encore si peu. Juste entre-aperçue. Une saveur en elle, sous sa langue, en son cœur. Un rien, qui lui donne un horizon, elle qui n’aspire qu’au vertical.

Minuit. L’heure où tout bascule, un jour était, déjà plus là, un jour sera, pas encore là. Minuit. En équilibre entre ce qui fut et ce qui sera. Qui peut dire alors de ce qu’il en sera de l’existence, de son poids, de sa légèreté……

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 19 Décembre 2015

Scènes 12 d'un voyage de jeunesse

Le Népal. Apaisement à Katmandou. Nous y sommes restés 1 mois, 1 mois de notre périple, en janvier, dans ce pays grandiose et magique. Gilles est parti faire le tour de l’Annapurna, à pied. Je suis restée seule à Katmandou. Rouler, seule, enfin, en toute sécurité, sans foule pour m’observer, me scruter, m’épier. Je flâne : au temple aux singes, dans les rues et les échoppes, dans les « bars à thé », des temples bouddhistes. Je trouve là une paix espérée, un bien être, une profondeur insoupçonnée, une ferveur de l’âme, comme un élan amoureux.

Les femmes sont belles, les femmes sont libres, elles s’expriment ouvertement. Une femme népali seule dans sa maison : une pièce, de la terre battue, un trou pour le feu et la cuisson des chappattis des lentilles, du riz, du tchai. Pas de viande, met trop rare. Des épices parfument la pièce. Sourire éclatant sur des dents blanches et ébréchées. Robe de couleur jaune safran et mauve. Un grand geste de bienvenue. Je resterai l’après-midi à boire le tchai et à parler avec les mains et les yeux du cœur.

Le temps s’écoule.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 12 Décembre 2015

Scénes de voyage 11

L’Inde. Pays tant attendu, tant espéré. Un rêve. J’ai tenu jusqu’ici, juste pour le connaitre. Gandhi, Lanza Del Vasto, Marco Polo ont bercé mon enfance et adolescence. Les Yogis, les fakirs, les religions, la jungle, les éléphants, les lions et lionnes, les pumas. Une gigantesque fresque, puissante, sauvage, mystique. Tous les extrêmes ont cours. C’est un pays qui m’a possédée, une fascination sans borne, une histoire d’amour passionnel. J’ai aimé ce pays, je l’ai détesté. Si souvent. Pour sa pesanteur, l’apathie, sa chaleur, sa foule, sa misère « industrialisée » pour les touristes. Pour ses mythes, le côtoiement explosif de tous les contraires, la ferveur, ardente. Toutes les couleurs se mélangent, tous les sentiments s’exposent avec pudeurs. Un ordre dans le chaos.

L’Inde, toujours. L’Inde, éternel. La coutume du respect du pèlerinage et des pèlerins. Un lieu leur est ouvert pour passer et se reposer une nuit. Des temples, et une pièce, de l’eau au robinet dans un réduit spécial pour se laver, un met frugal et reconstituant offert. Une paix des lieux. Ou une gendarmerie, un coin dans une pièce, protégée. Ou l’hospitalité des habitants. Ou une cabane, isolée, construite pour eux. Nul n’en abuse. Nul besoin d’hôtel pour nous, notre périple en vélo et de « pauvreté » nous ouvre le statut de pèlerin.

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Rédigé par Mireille Cholley

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