Publié le 16 Mai 2016

Explosion d’applaudissements. Il fait nuit, une foule s’écoule hors les murs. S’éloignant d’une autre qui s’active. Celle qui avant que le premier signe du chef ne s’élève sous la voute enchantée, avant que le premier son ne sorte des instruments de l’orchestre, avant que les spectateurs ne prennent leur place, avant que résonnent les trois coups et apparaissent les artistes, celle qui œuvre, multitude de corps de métiers symphoniques. Eux, les techniciens du son et lumière, régisseur, décorateur, costumière, habilleur, maquilleur, administrateur, scripteur, communiquant, attaché de presse, secrétaire, mécène, techniciens de surface, tous jouant leur partition bien huilée, tous de l’autre scène. Assumant mille aléas pour que le spectacle soit. Ils connaissent toutes les habitudes des artistes, ceux du devant de la scène, ceux qui s’exposent. Leurs maux, leurs angoisses, leurs caprices, leurs croyances, leurs fétichismes, leurs besoins. Tout faire pour que le rideau se lève. L’un voudra ses roses rouges une minute avant, un autre son verre de vin, bien frappé, une autre se ventile avec frénésie, d’autres conversent le verbe trop haut, des disputes éclatent, les uns et les unes s’époumonent pour chauffer leur voix, d’autres pour se dégriser, et d’autres pour dégripper leurs instruments. Ceux-ci critiquent leur tenue, la trouvant trop étroite, ou pas suffisamment apprêtée, ou pas adaptée à la scène, ou quoi d’autres encore. Remplacer au pied levé un flutiste, une corde de violoncelle, la cantatrice. Trouver les partitions, égarées lors du dernier changement. Une poursuite vient d’exploser en plein vol avant de tomber sur le sol, mal harnachée. La remplacer, vite, mine de rien. Jour après jour, même bruissement, même chorégraphie. Jusqu’au moment magique où le silence fuse, temps suspendu : le rideau se lève. Le peuple de l’arrière scène lui continue son activité de fourmilière. Par eux la limpidité du son, le ballet des lumières, le changement des décors, la transformation des maquillages et costumes, les doublures de texte. Par eux la féerie d’un temps qui n’est pas. On les presse, ne leur laissant aucun répit. Qui sont-ils? Un nom sur une affiche, un nom dans un générique qui s’étire.

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 9 Mai 2016

Dialogue, Pierre et son père

- Papa, comment vas-tu ?

- Qui est là ?

- Papa, c’est moi, Pierre.

- Pierre, mais c’est moi, Pierre !…

- Je suis Pierre, ton fils. Pierre 2

- Mais je n’ai pas de fils Pierre !

De nouveau, cette lueur dans ses yeux, et ce sourire sur ses lèvres…

- Tu as l’air d’aller bien, je suis rassuré. Que vas-tu faire aujourd’hui ?

- Mon fils vient me voir, je l’attends, il ne devrait pas tarder d’ailleurs.

- Oui, c’est ton anniversaire, tu as quatre-vingt-dix ans aujourd’hui. Tes deux fils seront là, pour une fois ensemble.

- Tu sais, je n’ai qu’un seul vrai fils.

- Oui, je sais, et c’est moi, Pierre, et je suis là, je suis arrivé. J’ai rencontré une femme, elle me plait et ça a l’air de coller entre nous. Nous avons eu quelques rendez-vous. Elle ressemble à cette femme sur la photo, là dans l’album.

- Tu fouilles dans mes affaires, fils? Je n’ai connu que ta mère.

- Tu l’as oubliée ?

- Nous nous sommes oubliés, depuis longtemps. Tu sais, je crois bien que c’est la mère de Louis.

- Elle l’aurait abandonné !....

- Elle était jeune alors, très jeune, elle ne pouvait pas le garder. Elle venait de se marier avec un autre, et moi j’étais marié avec ta mère depuis longtemps. Nous l’avons accueilli, et elle venait souvent nous voir, au début. Ta mère a été admirable. Elle l’a élevé comme son enfant. Et tu es venu, après, tu fus une surprise. Nous ne pouvions pas avoir d’enfant, disaient les médecins.

- Louis connait cette histoire

- Non, nous en avons jamais rien dit, il est mon fils, tu sais, tout compte fait.

- C’est donc mon demi-frère. Tu sais où cette femme habite ?

- Non, je n’ai plus aucun contact depuis longtemps. Je ne sais même pas si elle vit encore.

- Tu me racontes des histoires, Père ?

- Oui, fils, je te raconte une histoire, comme lorsque tu étais enfant …. Mais tu es mon enfant ! Je me perds dans tout cela. Je me fatigue. Je vais m’allonger.

Et il s’endormit

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Rédigé par Mireille Cholley

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Publié le 2 Mai 2016

Aujourd’hui, Christine est là, elle est venue voir Liliane, une présence silencieuse à ses côtés. Les marques du temps creusent son visage. Ou celles de la douleur, d’un hébétement. Elle est là, les pensées en bataille virevoltent dans sa tête. Liliane, toi, si pleine de vie, si mère avant tout. Et te voilà, là, alitée, immobilisée. Je te regarde, et tu ne me vois pas. Je te parle, et tu n’entends rien. Je te touche, et tes lèvres restent scellées. Voudrais-tu te lever, ton corps paralysé ne te répondrait pas. Fini, les bains de mer, terminé, les embrassades aux creux de tes seins, arrêté, les bercements, tu ne peux même plus prendre tes enfants dans tes bras. Non, non et trois fois non. Je ne peux pas accepter cela. Liliane, réveille-toi, rappelle-toi. Nous étions jeunes, nous allions faire notre jogging toutes les trois avec Marie. C’était notre rite du samedi matin, notre moment bien à nous, rien que pour nous. Rappelle-toi, nous partions dans la forêt, et nous n’arrêtions pas de parler de tout et de rien tout en courant. Une manière de rythmer nos pas sur notre souffle. Rappelle-toi, Liliane, ces moments si précieux. Un répit dans la semaine si chargée, un temps de détente. Nous disions nos émotions, joies, colères et peurs, nos espérances, nos envies. Chacune à son tour. Oui, rappelle-toi, Liliane, nous en profitions pour faire le point sur la semaine passée. Oh, réponds-moi, je t’en prie, fais-moi au moins un signe….. Mais là, oui, me semble-t-il, oui, là….. ta main, tes yeux, quoi, est-ce possible…. ?

…..J’ouvre les yeux, et je te vois, toi, toi qui me parle. Je devine, tes lèvres qui bougent, des sons, des tintements……… Oh, tout me parvient dans un brouillard…… Je sais, je disparais. Je le sais. Ma vie s’efface…... Que me dis-tu, là ? Tu m’apparais si bouleversée…… Tu veux me dire quelque chose, une urgence……. Je le sens, à l’intensité de ta présence……. J’entends ta voix, je capte tes yeux, je sens ton corps……… ton énergie m’éveille, elle dévaste mon sommeil………… Je ressens ta proximité, ton intimité ……… Mais, ….qui es-tu ? ….Oui, mais oui, je me souviens.......un peu....... Je te regarde, de toute ma force, du plus profond de moi…….. Je veux te dire, je veux que tu m’entendes……….Oui, je sais, oui, je me souviens. Un peu……... Des odeurs,…..nos embrassades…. la chaleur de nos peaux……….

Christine n’a pas résisté, elle a appelé Marie pour lui annoncer la nouvelle. Un miracle.

- Parles lui, continue, puisque tu y crois. Vas-y, insiste, parles lui encore et encore. Tout est possible pendant les 2 premières années c’est vrai. Il faut la stimuler, l’obliger à bouger, à communiquer, le cerveau peut se remettre en route. Il lui faudrait une excellente ré-éducation. (mais où donc va-t-elle puiser cette énergie !). Et les enfants, comment vont-ils ?

- Nous avons envisagé de la faire venir ici, à la maison, elle aurait sa chambre. Yann est sous le choc, il est fuyant, il ne peut plus regarder sa femme. Ce serait le temps de lui trouver une place dans un centre…… (comment je vais pouvoir tenir, et les filles, supporteront-elles de la voir tous les jours …) Marie, je ne sais pas si je vais pouvoir faire cela, mais il faut le faire, Liliane est si seule, Yann n’assume plus, et ses enfants restent prostrés. Comme interdits.

- Qui s’en occupent ?

- La mère de Liliane, mais je crois que je vais les faire venir à la maison pour les vacances, cela leur fera du bien et aux filles aussi.

- Et toi, comment tu vas. Tu sais, je peux venir te donner un coup de main (ça sera vraiment pas de tout repos, mais bon, je ne peux pas rester là comme ça sans rien faire). Je regarde les horaires de TGV pour Aix et je te rappelle.

- Ma mère vient dans 15 jours, la maison sera alors pleine à craquer, mais on trouvera bien une place pour notre Parisienne préférée. Si tu peux venir avant…..Ce ne sera vraiment pas de tout repos, c’est vrai. Mais plus elle verra du monde dès le début, plus cela la stimulera, mieux ce sera.

- Je m’occuperai des filles, et puis, va, je tiens à voir Liliane.

- Je suis à côté d’elle, je crois qu’elle me regarde. Je suis émue, j’ai les larmes aux yeux. Elle suit mes gestes, c’est comme si elle m’entendait…. Attends, je vais lui parler. Tu restes au téléphone, je reviens.

Liliane, Liliane tu es là ? M’entends-tu ? Rappelle-toi, tous ces longs moments à dire nos vies, nos amours, nos enfants, nos maris, nos amants. (Non, non, elle ne peut pas nous avoir oubliés, elle ne peut pas nous avoir enfoui dans sa mémoire, elle ne peut pas nous avoir rayés de sa vie !....). Oui, tu peux te souvenir, cela se fera. Les images te reviennent-elles, vois-tu ce ciel si bleu, te rappelles-tu les pins se balançant au vent, la mer s’agitant les jours de mistral. Rappelle-toi donc. Fais un effort. Pour nous. Allez, bouges, dis quelque chose !

…..Que me veux-tu ?…….. ….Faire effort, dis-tu. Pourquoi donc ?…….. Pourquoi m’obliger à aller là où je ne peux plus aller…….Mais tu insistes…….. Tu me cherches, tu me veux……. Je le ressens, si fort…….. Un courant d’amour ……... J’aimerai te serrer dans mes bras. Je tente, je cherche, je m’efforce, ma volonté se révolte………… Et là,……. oui,…… est-ce bien vrai ? Ma main qui bouge, mes yeux qui clignent, ce sourire sur mes lèvres……. Tu sembles soulagée…… Que me dis-tu ?........ ……. Je suis épuisée………. épuisée d’émotions, de ton insistance…….. tu restes là, près de moi……. me touchant délicatement la main. …….. effleurant mes bras et mes jambes……... J’aime tes caresses…….. Resteras-tu?......... Dis, resteras-tu ? ..

Liliane, je vois, ton sourire sur tes lèvres, je sens ta main qui frôle la mienne, un frisson sur ta peau. Je rêve ? Non, j’ai bien vu. Et puis, plus rien, plus rien…..

Tout me parait si égal soudainement…………….Plus de passé, plus de présent, plus de futur………. C’est…… si reposant, si ……accueillant. Plus de souvenir, plus de désir, plus de projet…. Là, être là, juste là, c’est si paisible……………………..

Vite ! Liliane, Liliane, réveille-toi, mais réveille-toi donc. Vite, j’ai peur.

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Rédigé par Mireille Cholley

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